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2 juin 2017

Quel devenir pour les exclus du chômage ? Présentation des résultats de l’étude menée par Actiris

En janvier 2015, la limitation à 3 ans du bénéfice des allocations d’insertion a produit, à Bruxelles, plus de 3200 exclusions du chômage ! Depuis cette date, chaque mois, cette mesure en produit une centaine d’autres…

 

Quant à la procédure d’ « activation » du comportement de recherche d’emploi, elle a provoqué, dans notre Région, 1750 exclusions en 2014 et 955 en 2015. Voilà pour les chiffres.

Mais au-delà de ce bilan statistique, terriblement glaçant, comment ces exclusions sont-elles vécues par les personnes concernées ? Et que deviennent-elles par la suite ?

C’est pour répondre à ces questions qu’Actiris, l’opérateur public bruxellois de l’emploi, a commandité une étude, dont les résultats viennent d’être rendus publics.

 

De manière générale (qui s’en étonnera ?), toute décision d’exclusion est vécue comme une injustice, et ce d’autant plus que les exclus n’ont guère la possibilité d’avoir un véritable échange, permettant de « produire du sens », d’argumenter leur situation et leurs conduites.

 

Les exclusions sont toujours une rupture provoquée par les institutions. Dans la suite des parcours et des expériences, cette rupture n’est ni réduite ni réparée mais tend, au contraire, à se creuser.

C’est dire que le ressentiment des personnes exclues est grand et qu’il s’étend même à toutes les institutions encadrant le chômage, en ce compris les services d’accompagnement et les organismes de paiement. Ce sentiment est d’autant plus vif que les procédures de contrôle leur apparaissent, à juste titre, comme particulièrement artificielles au regard de leurs expériences concrètes de recherche d’emploi. Ce décalage provoque concrètement une « double recherche d’emploi » : l’une a pour seul objectif de répondre aux exigences institutionnelles (mais n’est pas considérée comme pertinente par les chômeurs) ; l’autre (la « vraie » !) est développée dans le fil des expériences antérieures des demandeurs d’emploi (mais n’est pas reconnue comme pertinente par les institutions, en manière telle qu’elle est quasiment indicible lors des rencontres avec l’ONEm ou les conseillers d’Actiris !).

Quant au recours au CPAS, trop souvent présenté comme « le » moyen, pour les chômeurs, de conserver un revenu et un statut, il demeure majoritairement vécu comme dégradant et dévalorisant. Ce recours est d’ailleurs loin d’être automatique : le taux de non-recours est important.

Autre constat : les personnes exclues du chômage sont actives dans des segments limités du marché de l’emploi : les activités et emplois non qualifiés. Ces personnes connaissent des formes de travail plurielles, éloignées de l’emploi durable, stable, régulier.

On le sait, l’exclusion marque toujours une rupture durable et forte avec les institutions publiques ou parapubliques et éloigne de l’accompagnement et donc…de l’emploi : un véritable cercle vicieux.

Enfin, l’exclusion génère des processus de dévalorisation et de précarisation (réduction des dépenses de la vie courante, obligation de privations, risques de perte du logement, endettement, etc.).

Il appartient maintenant aux autorités publiques (fédérales et, dans une mesure moindre mais réelle, régionales), aux opérateurs d’emploi, mais aussi aux services d’accompagnement et à tous ceux qui sont en charge, à quelque titre que ce soit, de l’indemnisation des demandeurs d’emploi, de tirer les conséquences de cette étude et de tout faire pour sortir d’un système absurde et finalement odieux…

 

L’enquête complète est disponible ici : 2017-05 – UCL – Rapport exclus du chômage.