Se loger à Bruxelles – Un droit hors de portée ?
18/03/2026
Bruxelles, comme la plupart des grandes villes européennes, est confrontée depuis de nombreuses années à une crise du logement. Dans une région où plus de 60% de la population est locataire, trouver un logement abordable, de qualité et répondant à ses besoins relève du parcours du combattant. Les ménages bruxellois consacrent en moyenne 35% de leur budget total au logement (charges comprises) – un taux qui peut grimper jusqu’à 70% pour les ménages les plus précarisés.
Pour un quart des ménages bruxellois, une fois le loyer et les charges payés, il ne reste que 9 € par jour et par personne pour toutes les autres dépenses. On le voit, le montant des loyers et des charges à Bruxelles n’influence pas uniquement le budget « logement » : il entraîne des renoncements aux soins de santé, des privations matérielles, sociales ou culturelles.
Selon l’OCDE, les 40 % des ménages les plus modestes n’auraient accès qu’à 10 % du marché locatif. C’est précisément sur ces segments que la pression est la plus forte et l’accès à un logement digne le plus difficile.
C’est pourquoi à Bruxelles, il serait plus juste de parler d’une véritable crise du logement décent et abordable.
Face à cette crise, de plus en plus de ménages doivent faire des concessions sur le confort, la taille ou la situation géographique de leur logement. Résultat : une part croissante de la population vit dans des logements surpeuplés, dégradés et mal isolés. Pour les familles à faibles revenus, entrer et évoluer librement sur le marché locatif devient quasiment impossible.
Cette tension pèse aussi sur les jeunes adultes, contraints de retarder leur départ du foyer parental. Quant aux classes populaires, elles n’ont parfois d’autre choix que de quitter Bruxelles pour trouver un logement abordable qui correspond aux besoins du ménage.
Les expulsions locatives illustrent crûment l’ampleur de la crise. Selon une étude récente, en moyenne 11 ménages bruxellois reçoivent chaque jour un ordre d’expulsion. Dans plus de 85% des cas, les expulsions sont prononcées pour des arriérés de loyers (le montant médian des arriérés est de 2.900€).
Pourtant, le logement est bien plus qu’un toit : c’est un besoin vital, le socle de la vie privée, sociale et affective de chacun·e. Le droit à un logement décent est d’ailleurs inscrit dans la Constitution belge. Mais dans les faits, le marché immobilier bruxellois est inadapté et discriminant, il participe au maintien et à la production des inégalités sociales et territoriales.
Malgré quelques avancées récentes en faveur du droit au logement – comme le moratoire hivernal ou l’ordonnance sur les loyers abusifs – la crise du logement abordable à Bruxelles ne cesse de s’amplifier. Les politiques régionales menées depuis des décennies n’ont pas permis d’apporter une réponse structurelle à cette crise.
