Le chômage n’est pas un “Win for Life”. C’est une lutte quotidienne pour garder sa dignité.

Une carte blanche de Florence Lepoivre, secrétaire générale de la FGTB Bruxelles.

Ce matin, je suis allée à la rencontre de nos affiliés devant l’un de nos bureaux de paiements des allocations de chômage. Et une fois encore, j’ai mesuré à quel point la limitation des allocations de chômage dans le temps décidée par le gouvernement De Wever est une réforme violente, injuste, inégalitaire, asociale, insupportable.

Une réforme qui va plonger de nombreux Bruxellois dans la précarité.

Une réforme qui démantèle la sécurité sociale fédérale.

Une réforme qui met à mal les solidarités que nous avons construites, par la lutte, depuis la fin du XIXème siècle, pour tous les travailleurs.

Ce matin, j’ai croisé des dizaines de demandeurs d’emploi.

Toutes et tous sont inquiets. Beaucoup ne savent plus vers qui se tourner.

Certains sont en colère. La plupart sont sidérés, ne comprennent pas, ont les larmes aux yeux quand ils parlent de leur situation.

J’ai croisé ce père de famille, trois enfants, qui se bat pour retrouver un emploi mais qui n’y parvient pas. Ou en tout cas, pas un emploi suffisamment stable pour assurer un revenu décent à sa famille, pour leur offrir le bien-être qu’ils méritent.

J’ai rencontré ce jeune homme, d’origine italienne, qui multiplie les contrats d’intérim depuis son arrivée en Belgique. Il a quitté sa Sicile natale parce qu’il n’y avait aucun espoir d’y trouver un emploi. Et aujourd’hui, malgré tous ses efforts, malgré son travail acharné, malgré tous les emplois qu’il a exercés, il se retrouve exclu du chômage.

J’ai aussi parlé à cette femme, d’origine congolaise, racisée, discriminée sur le marché du travail, qui ne sait plus quoi faire pour trouver un emploi.

J’ai rencontré cette femme qui m’a dit, soulagée : « Moi, je suis pensionnée depuis le 1er février. Heureusement. »

J’ai parlé avec ce travailleur ALE, qui continuera malgré tout à travailler pour une école européenne, même s’il va perdre son chômage, même s’il risque de ne pas toucher l’intégralité de son revenu d’intégration. Parce qu’il a besoin de travailler. Pour lui. Pour garder sa dignité. Mais il ne sait pas comment il fera sans revenus en juillet et août, quand l’école sera fermée. Et il ne comprend pas pourquoi cette école ne peut pas lui offrir un vrai contrat.

J’ai rencontré cette jeune femme qui travaillait dans les ressources humaines et qui devait virer des travailleurs pour les remplacer par des étudiants ou des flexi-jobeurs, moins chers pour l’employeur. Dégoûtée, elle a démissionné. Elle veut croire qu’elle pourra retrouver un emploi qui a du sens, en accord avec ses valeurs.

J’ai rencontré cet homme de plus de 60 ans. Plus de 27 ans de travail. Soirs, nuits, parfois week-ends, dans un métier pénible. Il a mal au dos, mais pas suffisamment pour être reconnu en invalidité. Il n’a pas travaillé suffisamment pour conserver ses allocations de chômage. Malgré son âge. Malgré ses 27 années de cotisations payées sur ses heures de travail, sur ses heures supplémentaires, sur ses heures prestées le weekend.

J’ai  aussi rencontré cette jeune femme. Deux jeunes enfants, 8 mois et 2 ans et demi. Elle a dû fuir son mari, son domicile, tout abandonner, avec ses deux enfants sous le bras, après des violences sexuelles commises sur le plus âgé… 2 ans et demi ! Aujourd’hui, elle vit entre avocats, juges et services sociaux. Elle a dû arrêter de travailler. Elle va très bientôt perdre ses allocations de chômage, sa seule source de revenus. Elle a honte d’aller au CPAS demander ce qui lui est pourtant dû, ce que vous et moi, ce que la société lui doit.

Et ce ne sont là que quelques visages croisés ce matin.

Mais des visages qui me marqueront à jamais.

J’espère que, même si vous ne les avez pas rencontrés, ces mots vous permettront de mettre un visage, une histoire, derrière les 42.000 demandeurs d’emploi bruxellois — et les 180.000 chômeurs en Belgique — qui seront exclus des allocations de chômage.

Derrière ces chiffres, il y a des vies. Des familles. Des parcours. Des combats quotidiens.

Et face à eux, un gouvernement fédéral qui stigmatise, caricature, qui exclut violemment. Sans réflexion. Sans nuance. Sans laisser la moindre chance à celles et ceux qui se battent chaque jour pour trouver un emploi stable, durable, digne.

Pauvreté – Un compte en banque à sec n’est pas une politique

Une carte blanche de Bert Engelaar, président de la FGTB.

Aux guichets de nos permanences, au téléphone, lors des séances d’information… ces dernières semaines, nos collaborateurs ont entendu d’innombrables témoignages. Pas de grandes théories, mais des phrases courtes qui restent.

Des personnes qui n’abandonnent pas, mais qui s’enlisent. Des affiliés qui postulent, cherchent des formations, prennent des rendez-vous, élèvent leurs enfants, s’occupent de leurs proches, décrochent ici et là un mini-contrat précaire, et se réveillent pourtant avec une seule question qui occupe toutes leurs pensées : l’argent est-il déjà sur le compte ?

Pour beaucoup, cette question a été ressentie ce week-end comme une gifle. Application bancaire ouverte. Actualisation. Rien. Pas un simple retard qu’on peut attendre tranquillement, mais une réaction en chaîne immédiate : loyer, énergie, alimentation, frais scolaires, garde d’enfants. Celui qui ne peut pas payer perd sa liberté de choix. Celui qui perd sa liberté de choix perd aussi sa dignité. Ce n’est pas de la malchance. C’est une politique qui rend la frontière entre administration et survie extrêmement floue.

Technique de motivation

Aux guichets de nos permanences, nous voyons à quel point cette frontière mince pousse les gens vers le bas. D’abord vient la honte : « Ce doit être de ma faute. » Ensuite, la peur du courrier : des lettres qui restent fermées parce que des mots comme « suspendu », « exclu » ou « récupération » pèsent trop lourd.

Ensuite vient le parcours entre guichets et numéros de téléphone : réexpliquer, prouver, attendre. Un dossier devient plus lourd qu’un être humain. Le stress s’infiltre dans la chambre à coucher, dans l’estomac, dans la tête. Quand on est en mode survie, on ne pense pas en termes d’années, mais de jours : comment faire pour manger le lendemain ?

Pourtant, dans le débat public, on affirme souvent que des allocations plus basses poussent naturellement les gens vers l’emploi. La pauvreté comme technique de motivation menaçante : ça sonne fort, mais ça ne fonctionne pas. L’insécurité n’est pas un accompagnement. Celui qui éteint constamment des incendies peut difficilement investir dans l’avenir. Ce n’est pas seulement problématique sur le plan moral, c’est aussi contre-productif sur le plan économique.

Une nouvelle étude de la KULeuven, de l’UCLouvain et du Service de lutte contre la pauvreté, basée sur des données à long terme portant sur des dizaines de milliers de personnes, montre exactement l’inverse : des allocations plus élevées, au-dessus du seuil de pauvreté, aident les gens à retourner plus vite vers l’emploi, parce qu’ils peuvent à nouveau s’investir. Se former, payer les transports, partager une voiture, prendre un abonnement, réparer un ordinateur portable, organiser la garde d’enfants, enfin accéder à des soins psychologiques ou médicaux reportés depuis des mois. La stabilité n’est pas un hamac. La stabilité est un tremplin.

Les témoignages dans nos permanences rendent cette conclusion tangible. Des affiliés expliquent comment un revenu trop faible transforme les petits problèmes en grands problèmes. Celui qui n’a pas l’argent pour un abonnement de train n’arrive pas à un entretien. Celui qui reporte le dentiste traîne la douleur à chaque entretien d’embauche. Celui qui n’a pas d’endroit calme pour dormir échoue le jour où une chance se présente enfin. Certains font du bénévolat, s’occupent de leurs voisins, construisent un réseau, mais sont réduits dans les politiques publiques à des « inactifs ». Cette étiquette n’aide personne à avancer.

À cela s’ajoute la menace d’un nouveau choc : des dizaines de milliers de personnes risquent de perdre leur allocation dans les prochaines années parce qu’elles sont au chômage depuis plus de deux ans.

Sur le papier, cela s’appelle « activation ». En pratique, cela pousse les gens vers l’aide sociale et plus profondément vers la pauvreté, précisément au moment où ils ont besoin de soutien pour renouer avec l’emploi.

Quand on enlève le sol sous les pieds, on n’obtient pas un saut, mais une chute.

Le gouvernement veut lutter contre le chômage de longue durée. Très bien. Mais couper dans les allocations ne constitue pas une voie vers l’emploi. Cela crée surtout de la pauvreté, du stress et des problèmes de santé et déplace les gens d’un dispositif à l’autre. Qui plus est, un groupe déjà vulnérable devient encore plus vulnérable, précisément au moment où il faudrait faire preuve d’initiative : postuler à un emploi, se déplacer, apprendre, réseauter. Cela n’est pas possible avec un compte en banque à sec.

Allocations minimales

Ce qui fonctionne est sur la table depuis des années : relever les allocations minimales au moins jusqu’au seuil de pauvreté européen (environ 1.500 euros pour une personne isolée, comme le préconisent les chercheurs). Combiner cela avec un véritable accompagnement : un premier entretien rapide, un suivi intensif, des parcours réalisables, des formations menant à des emplois, des transports abordables et des soins de santé mentale accessibles. Donnez aux gens le temps et l’espace nécessaires pour reprendre le contrôle de leur vie, afin que le travail redevienne possible.

Je répète mon appel à réunir autour de la table tous les ministres qui s’occupent des politiques d’emploi, avec les partenaires sociaux. Ensemble, nous pouvons faire du « travail convenable » non pas un slogan, mais une réalité. Il est temps d’avoir des politiques qui maintiennent les gens à flot au lieu de les pousser vers le bas, la tête sous l’eau.

La fin du rail comme service public est préparée sur la base de dogmes idéologiques

Une carte blanche de Bert Engelaar, président de la FGTB, et Tony Fonteyne, président de l’ACOD-VLIG Spoor (CGSP Cheminots flamande)

Ce qui, au Royaume-Uni, a conduit au « Grand braquage ferroviaire » menace aujourd’hui la Belgique. Bert Engelaar, président de la FGTB, et Tony Fonteyne, président de l’ACOD-VLIG Spoor (CGSP Cheminots flamande), avertissent que les réformes prévues du rail vont vider le service public de sa substance, mettre le personnel sous pression et saper les ambitions climatiques.

Le film The Navigators de Ken Loach (2002) suit cinq cheminots après la libéralisation et la privatisation des chemins de fer au Royaume-Uni. Les cinq doivent postuler à nouveau pour leur propre emploi, mais cette fois chez un sous-traitant et dans des conditions dégradées. De la fiction en Belgique ? Pas si cela dépend du gouvernement Arizona. Le personnel ferroviaire, les voyageurs et les militants pour le climat se mobilisent donc ces prochains jours pour de meilleures conditions de travail et davantage de personnel, pour une offre de trains plus élevée et de qualité, afin que le « report modal » vers le rail devienne réalité.

Malaise

Le gouvernement ne veut pas seulement supprimer le recrutement statutaire dans les chemins de fer à partir de juin. Il veut aussi introduire le principe de « force majeure économique ». Cela signifie que la SNCB, si elle perdait des activités après la libéralisation, pourrait licencier des travailleurs du rail.

C’est clair : pour les travailleurs du rail, le train ne roule qu’en marche arrière. Une enquête externe sur le bien-être évoque « une charge de travail trop élevée, un risque trop important de burn-out, d’épuisement et d’absentéisme, trop d’impact du travail sur la vie privée, trop d’agressions internes et externes, et trop peu de soutien social. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le nombre de travailleurs dans les chemins de fer belges (SNCB, Infrabel, HR Rail) est passé de 35.898 en 2013 à 27.569 en 2024. En outre, le gouvernement veut encore économiser 675 millions d’euros sur le rail. À qui cela profite-t-il ? Aux voyageurs ? Non, certainement pas !

Fin du service public

Ce combat concerne l’avenir de notre rail. Le projet de loi et le démantèlement du statut au sein des chemins de fer sont imprégnés de la « nécessité de libéraliser » après 2032. La fin du rail comme service public est préparée sur la base de dogmes idéologiques.

Pourtant, nous avons déjà vu où cela mène au Royaume-Uni. Amis et ennemis s’accordent à dire que la libéralisation, mise en œuvre depuis le milieu des années 1990, a été un échec total. Un rapport de 2013 l’a qualifiée de The Great Train Robbery (« Le Grand braquage ferroviaire ») : « Vingt ans plus tard, les chemins de fer privatisés ont besoin chaque année de milliards de subventions du contribuable et n’ont pas réussi à garantir des investissements privés suffisants dans les rails ou les trains. »

Un article scientifique de 2017 conclut que l’idée selon laquelle la privatisation mènerait à plus d’efficacité s’est révélée « une illusion », qu’elle a entraîné des coûts supplémentaires considérables et qu’il s’agissait d’« un très mauvais choix politique ». Et le voyageur ? Selon des études comparatives, les prix des billets au Royaume-Uni figurent parmi les plus élevés d’Europe, bien plus élevés qu’en Belgique ou en Allemagne, par exemple.

Il n’est donc pas surprenant qu’environ trois quarts des Britanniques soient favorables à une renationalisation des chemins de fer. Déjà sous les précédents gouvernements conservateurs, il a été décidé de reprendre certaines lignes ferroviaires en mains publiques. Le gouvernement travailliste actuel devrait avoir renationalisé plus ou moins l’ensemble du rail d’ici 2027.

Manque de vision

C’est encore plus préoccupant dans le contexte de la transition climatique. Le précédent gouvernement avait élaboré une « Vision ferroviaire 2040 » pour faire passer la part du train dans la mobilité de 8 % à 15 % d’ici 2040. Un objectif ambitieux, qui nécessite une expansion sérieuse de l’offre. Fin 2024, la SNCB a toutefois déjà décidé de faire croître l’offre plus lentement que prévu. L’une des raisons ? Trop peu de nouveaux conducteurs de train et accompagnateurs de train.

Les grèves du personnel ferroviaire sont aussi un combat pour nous tous : voyageurs, contribuables, citoyens.

Une étude du Service Changement climatique est également très claire : le nombre d’emplois dans le secteur des transports publics, y compris les conducteurs de train, devra fortement augmenter dans les décennies à venir. Comme la SNCB mise surtout sur la croissance le week-end et le soir, cela signifie davantage de travail irrégulier. Si l’on réduit en plus les conditions de travail, où trouvera-t-on encore le personnel nécessaire ? La conclusion de l’étude est claire : « Des efforts structurels doivent être fournis pour améliorer les conditions de travail » dans les transports publics.

Saboteurs

Cela ne cadre donc pas avec l’accent mis par les chemins de fer belges sur la réduction du personnel et l’augmentation de la productivité, ni avec le démantèlement du statut par le gouvernement. Les wagons s’enchaînent : des conditions de travail dégradées signifient une pénurie encore plus grande de personnel ferroviaire, ce qui exclut une offre de trains plus élevée et de qualité, ce qui empêche le report modal et la durabilité du secteur des transports d’aboutir. Qui en paiera le prix ? Nous tous, avec plus de pollution et plus d’embouteillages. Dans ce sens, les grèves du personnel ferroviaire sont aussi un combat pour nous tous : voyageurs, contribuables, citoyens.

Les flexi-jobs ne sont pas un levier, mais un système qui sape délibérément les emplois fixes

Frank Moreels est président de l’Union belge du Transport (FGTB-UBT). Il adresse une lettre ouverte à Bart Buysse, administrateur délégué de l’organisation patronale Unizo. Cette lettre ouverte a été publiée dans le quotidien De Morgen.

Monsieur Buysse,

Vous écrivez, en tant qu’administrateur délégué de l’organisation patronale Unizo, que les flexi-jobs ne sont pas un boulet, mais un levier pour notre marché du travail. Vu depuis la tour d’ivoire des macrostatistiques, cela peut sembler rassurant. Vu depuis des secteurs où le travail est déjà soumis à une forte pression, cela paraît surtout déconnecté de la réalité. Dans le secteur des bus et autocars, nous voyons très concrètement ce que produisent les flexi-jobs lorsqu’ils ne constituent plus une exception, mais deviennent un instrument structurel.

Une politique salariale défaillante

De plus en plus de travailleurs indiquent qu’ils ont du mal à joindre les deux bouts avec un emploi à temps plein. Votre réponse est la suivante : qu’ils complètent leurs revenus via des flexi-jobs. Ce n’est pas une politique moderne du marché du travail, c’est l’aveu d’un échec de la politique salariale. Un emploi à temps plein doit permettre de vivre. Point.  Pousser les travailleurs vers les flexi-jobs revient en réalité à leur dire : travaillez davantage, à des conditions avantageuses pour l’employeur, parce que nous refusons d’augmenter structurellement les salaires.

Vous affirmez que les flexi-jobs ne remplacent pas les emplois fixes. Dans le secteur des bus et autocars, cette affirmation n’est pas seulement théoriquement fausse, elle est économiquement naïve. Aujourd’hui déjà, le secteur se caractérise par une forte proportion de contrats à temps partiel, des horaires difficilement conciliables et une pénurie structurelle de personnel directement liée à l’insécurité salariale et contractuelle.

Dans ce contexte, le gouvernement introduit un système qui rend le travail structurellement moins cher.

Un chauffeur à temps plein coûte, selon le sous-secteur, entre 195 et 255 euros par jour. Un flexi-jobber coûte moins cher, n’accumule pas de droits et peut être engagé ou écarté sans obligations supplémentaires. Croire que, dans ce contexte, les employeurs ne vont pas fractionner, remplacer et réorganiser, c’est croire que l’eau ne coule pas vers le bas dès qu’elle en a la possibilité.

Des carrières morcelées

Vous tournez en dérision l’idée que les travailleurs adapteraient leur régime de travail. Dans le secteur des bus et autocars, ce n’est pas une caricature, mais une réalité brutale, conséquence logique de la réglementation. Il existe actuellement une interdiction de cumul au sein d’une même entreprise, mais pas au niveau du secteur. Le résultat est évident : les contrats à 4/5e deviennent la norme, complétés par des flexi-jobs dans d’autres entreprises, et bientôt au sein d’un même groupe d’entreprises. Les contrats à temps plein disparaissent, les carrières se fragmentent et les droits sociaux s’évaporent. Il ne s’agit pas d’un choix libre des travailleurs. Il s’agit d’une flexibilité imposée, dictée par des salaires plus bas et une pression accrue au travail.

Qualité et sécurité

Dans le secteur des autocars, il devient parfaitement possible de remplacer des chauffeurs expérimentés par des chauffeurs occasionnels extérieurs au secteur.

Un enseignant en éducation physique disposant du permis adéquat peut demain conduire un bus en tant que flexi-jobber direction la piscine, les classes de neige ou un voyage scolaire à l’étranger. Ce n’est pas un phénomène marginal. C’est une érosion structurelle du savoir-faire, de l’implication dans l’entreprise et du sens des responsabilités. Le transport de personnes n’est pas un travail d’appoint. Il est question de sécurité, de responsabilité et de confiance.

Vous brandissez des chiffres relatifs au volume global de travail. C’est pratique, mais trompeur. Dans des secteurs comme celui des bus et autocars, ce ne sont pas les moyennes nationales qui comptent, mais l’impact sectoriel. La loi ne prévoit aucune limitation proportionnelle des flexi-jobs, aucun lien avec l’emploi existant, aucun frein au remplacement. Une entreprise de transport peut donc parfaitement décider de fonctionner de manière structurelle, voire exclusivement, avec des flexi-jobbers.

Il ne s’agit pas d’un complément au marché du travail. Il s’agit d’un modèle alternatif, fondé sur des coûts plus bas et moins de droits. Les flexi-jobs ont été introduits comme une solution temporaire d’urgence dans l’horeca. Nous connaissons le résultat : les emplois fixes ont disparu, la flexibilité est devenue structurelle et la protection sociale a été affaiblie. Ceux qui prétendent aujourd’hui que cela ne se produira pas dans d’autres secteurs refusent de tirer les leçons du passé.

Vous qualifiez les flexi-jobs de levier. Pour les employeurs, c’est vrai. Pour les travailleurs et pour notre sécurité sociale, ils constituent surtout un levier vers le bas.  Un marché du travail solide ne se construit pas sur des exceptions, mais sur des emplois fixes, des salaires décents et le dialogue social. Les flexi-jobs font exactement l’inverse.

Bien à vous,
Frank Moreels

Faire grève : pour ou contre l’avenir de nos enfants ?

24, 25 et 26 novembre. Trois jours de mobilisation historique pour dire stop à l’offensive sociale du gouvernement Arizona. Au cœur de ces actions de grève : la défense de notre système de pensions, aujourd’hui menacé. Car derrière les discours rassurants, les mesures annoncées vont frapper de plein fouet les enseignants, les agents publics, et au-delà, toute une génération qui risque de se retrouver avec une pension rabotée au minimum.

Une carte blanche de Jef Maes, ancien secrétaire fédéral de la FGTB

Une note interne du cabinet Jambon, avec des calculs sur les futures pensions du personnel enseignant, montre clairement que ce sont surtout les jeunes fonctionnaires,  donc nos (petits-)enfants, qui seront les plus pénalisés.

Aujourd’hui, la pension d’un fonctionnaire est calculée sur le salaire des dix dernières années. À partir de 2027, on ajoutera chaque année une année supplémentaire. À partir de 2042, la pension des fonctionnaires sera donc calculée sur le salaire (le plus bas) des 45 dernières années, comme dans le privé.

Un enseignant titulaire d’un master qui part à la retraite à 63 ans et qui a aujourd’hui 55 ans, perdra 146 euros par mois. Un enseignant qui a aujourd’hui 35 ans perdra déjà 756 euros par mois.

La note du cabinet Jambon ne calcule évidemment pas la perte pour quelqu’un qui n’a pas encore 30 ans aujourd’hui. Quand ces « jeunes » prendront leur pension, la perte sera encore plus élevée.

Alors que les ministres de l’Arizona expliquent qu’il faut réformer pour les générations futures, ce sont précisément ces générations futures qui paieront le prix fort et qui n’ont plus la certitude de pouvoir encore compter sur une sécurité sociale digne de ce nom.

D’autres dispositifs de protection sociale en cours de démantèlement frapperont surtout les jeunes générations, comme la réduction des pensions de survie et de divorce, essentielles pour les personnes (surtout des femmes) qui travaillent à temps partiel pour s’occuper des enfants et du foyer.

Diviser pour mieux régner

« Pourtant, les pensions nettes des enseignants resteront, même après la réforme, bien plus élevées que la moyenne du privé », affirme le cabinet.

Pour ce faire, ils comparent la pension d’un fonctionnaire à mi-carrière avec la moyenne de tous les travailleurs du privé, soit seulement 1.523 euros par mois. C’est évidemment comparer des pommes et des poires.

Bien sûr que les pensions des fonctionnaires diplômés de l’enseignement supérieur, disposant d’un salaire plus élevé et n’étant qu’à mi-carrière – donc pas encore pleinement impactés par la réforme – seront encore plus hautes que la moyenne de l’ensemble du privé.

« Les fonctionnaires conserveront encore 75% de leur salaire moyen, alors que dans le privé ce n’est que 60%. » Ce qu’ils ne disent pas, c’est que la pension des fonctionnaires n’est pas calculée sur le pécule de vacances ni sur le treizième mois, alors que dans le privé, oui.

En réalité, les pensions des fonctionnaires sont, de fait, ramenées au niveau de celles du privé. Et il n’y a vraiment pas de quoi envier cette situation : ces travailleurs se trouvent  déjà en queue de peloton en Europe. Et le programme du gouvernement De Wever leur fera perdre – eux aussi – plus de 9 %, les reléguant encore davantage à l’arrière du peloton.

Quant à l’espoir que leur perte soit compensée par le développement du deuxième pilier : regardez le privé, où la pension complémentaire d’entreprise ne rapporte, pour l’immense majorité, pas même 50 euros par mois.

La seule consolation pour certains fonctionnaires – l’enseignement, la police et les pompiers – est qu’ils pourront, pauvrement, partir un an plus tôt à la retraite que les autres. Ils le doivent au fait qu’ils étaient massivement présents à la manifestation syndicale du 15 janvier – preuve, s’il en fallait, que l’action paie.

Pour les métiers lourds du privé, les travailleurs en équipes et de nuit et les ouvriers du bâtiment, cela n’a même pas été prévu. Pas davantage pour le personnel roulant du rail, qui une semaine doit se lever à 3 heures du matin pour faire partir les premiers trains, et l’autre semaine ne rentre qu’à 2 heures du matin après les derniers trains. Donc, ceux qui râlent contre les grèves feraient bien de se renseigner un minimum.

Le gouvernement Arizona touche surtout les personnes peu qualifiées et les travailleurs à temps partiel

Alors que le gouvernement Arizona multiplie les attaques contre notre modèle social, l’analyse de Jef Maes rappelle une vérité essentielle : quand on investit dans la sécurité sociale, la pauvreté recule. Sous le gouvernement Vivaldi, grâce aux luttes syndicales et aux revalorisations des minima, des milliers de familles ont enfin pu sortir de la précarité. Mais cette avancée historique est aujourd’hui mise en danger par une coalition qui fait payer la note aux mêmes catégories déjà fragilisées : travailleurs peu qualifiés, femmes, temps partiels, chômeurs de longue durée. Sur base d’une étude du SPF Sécurité sociale, Jef Maes dénonce les conséquences des politiques de l’Arizona sur la pauvreté et plus spécifiquement son impact plus grand sur les peu qualifiés. Une lecture utile  pour comprendre ce qui est en jeu dans ce bras de fer social.

Une carte blanche de Jef Maes, ancien secrétaire fédéral de la FGTB

Est-il permis d’avoir enfin une bonne nouvelle ? Selon une étude récente du SPF Sécurité sociale, la Belgique s’en est particulièrement bien sortie durant les années 2019-2024, c’est-à-dire les années du gouvernement Vivaldi. La pauvreté a diminué plus fortement que dans tout autre pays européen (-22,3 %).

Sans la sécurité sociale, un Belge sur quatre serait pauvre. Cela signifie : moins de 1.522 euros par mois pour une personne isolée ou 2.283 euros pour un couple sans enfants. Grâce à notre modèle social, ce taux de pauvreté tombe à 11,3 % — le plus bas depuis le début des mesures et, après la Tchéquie, le plus bas d’Europe. Notre sécurité sociale est donc la plus efficace d’Europe pour réduire la pauvreté.

« Par rapport à notre PIB, nos dépenses sociales n’ont pas fortement augmenté ces dernières années, sauf très brièvement pendant la crise du Covid », explique Natascha Van Mechelen, l’une des chercheuses, dans Knack. « Nos dépenses sociales sont restées globalement stables, mais elles ont été mieux ciblées sur les groupes vulnérables, ce qui a entraîné une baisse de la pauvreté. »

Si l’on regarde les chiffres les plus récents d’Eurostat, on constate en effet qu’en 2022 (derniers chiffres disponibles), la Belgique, avec 27,6 % de son PIB, ne dépense pas plus pour la protection sociale que les autres pays de la zone euro (27,8 %). Ce pourcentage a même légèrement diminué en Belgique entre 2012 et 2022.

Adaptations au bien-être

Comment expliquer alors une telle baisse de la pauvreté ? Cela tient d’abord au fait que les syndicats ont obtenu à partir de 2007 — après plusieurs manifestations — un système d’adaptations au bien-être pour les allocations sociales.

Grâce à ce système, ils ont pu relever tous les deux ans les minima de 2 % en plus de l’indexation. Ils ont aussi pu augmenter le pourcentage pour les personnes isolées malades ou au chômage depuis plus d’un an : de 40 à 55 %, ce qui fait qu’elles tombent moins dans la pauvreté que dans les pays voisins. Ils ont en outre réussi à augmenter les salaires minimums, ce qui explique que la pauvreté parmi les travailleurs (4,3 %) ne représente que la moitié de la moyenne européenne (8,2 %).

En 2019, le gouvernement Vivaldi (social-libéral-écologiste) est arrivé au pouvoir et a relevé les minima. Pour les pensionnés, la ministre des Pensions Lalieux (PS) les a même augmentés de 14 % en plus de l’index. Comme je l’ai déjà écrit : le gouvernement Vivaldi a été le meilleur gouvernement pour la sécurité sociale depuis cinquante ans.

Cela signifie-t-il que nous vivons dans un paradis social ? Certainement pas ! Un point faible important reste le nombre de ménages (quasi) sans emploi. Là, nous faisons mauvaise figure.

Un parent isolé sur quatre est encore en situation de pauvreté. La garde des enfants fait souvent qu’ils ne peuvent se permettre qu’un emploi à temps partiel. Ce sont précisément les travailleurs à temps partiel, surtout des femmes, qui seront les plus touchées par le malus pension que le gouvernement Arizona veut introduire.

La moitié des chômeurs est aujourd’hui déjà pauvre. Avec l’exclusion de 180.000 chômeurs de longue durée, dont plus de 50 000 personnes âgées, la situation se détériorera dramatiquement en 2026.

Personnes peu qualifiées et femmes

Les économies dans le chômage et les pensions frappent principalement les personnes peu qualifiées, qui sont déjà surreprésentées dans la pauvreté (24 %).

De plus, la sécurité sociale n’a pas seulement pour mission de réduire la pauvreté, mais aussi de protéger ton niveau de vie lorsque tu ne peux plus travailler. Cet aspect n’est malheureusement pas abordé par le rapport du SPF Sécurité sociale.

Mais de nombreuses études européennes montrent que nous obtenons de mauvais résultats sur ce point avec nos pensions, et qu’avec les projets de ce gouvernement, nous serons définitivement distancés dans le peloton européen.

Les pensions des travailleurs salariés baisseront de 9,2 % par rapport à leur revenu antérieur. Celles des fonctionnaires de plus de 12 %.

Et cela en supposant encore que les allocations soient adaptées sans interruption au bien-être entre 2025 et 2070.

Dans le cas contraire, c’est la catastrophe qui nous attend.

Budget fédéral – Pas des « détails à régler », mais des choix sociaux essentiels

Une carte blanche de Jef Maes, ancien secrétaire fédéral de la FGTB

À la veille de la grande manifestation syndicale, Nahima Lanjri (CD&V) a déjà clairement indiqué à la Chambre, à l’adresse du ministre des Pensions Jambon (N-VA), que les personnes malades ne pouvaient pas être discriminées une seconde fois par une réduction de leur pension. « Pour le CD&V, cette période doit être entièrement prise en compte. On ne choisit pas d’avoir, par exemple, la SLA, la sclérose en plaques ou le cancer. » Espérons qu’elle parlait bien au nom du CD&V, et que son vice-premier ministre Van Peteghem défendra cette position avec fermeté cette fois-ci.

Jeudi dernier, à Dilbeek, Conner Rousseau a lui aussi ouvert les yeux. « Ma mère a eu un cancer, » a déclaré le président de Vooruit lors d’une “tournée d’écoute”. « Elle n’a pas travaillé pendant un an, ce qui lui coûtera quatre années de pension. Je ne peux pas l’accepter. »

On peut se demander qui a alors négocié cet accord de gouvernement !

Mais soit : dans le paradis socialiste, il y a de la joie pour ceux qui se convertissent après la grande manifestation. Espérons maintenant que son vice-premier ministre Vandenbroucke traduira ces paroles en actes.

Car le fait que la période de maladie ne soit pas comptabilisée comme période de travail pour éviter la décote sur la pension, ou pour bénéficier de la retraite après 42 ans de carrière, a déjà été approuvé en Conseil des ministres. Mais un “deuxième passage” du projet de loi est prévu : une seconde chance pour les six hommes gris qui composent le kern (le cabinet restreint).

Entre-temps, nous avons toutefois déjà réussi à convaincre le ministre Jambon que ne pas prendre en compte le congé de maternité serait annulé par la Cour de justice européenne, en raison d’une discrimination manifeste entre les sexes.

Droit du travail

Tout le monde parle des pensions. Mais on ignore souvent que le gouvernement Arizona prend aussi des mesures tout aussi graves qui affaiblissent la protection des travailleurs.
Le vice-premier ministre Clarinval (MR) n’exagère pas quand il se vante de mener une « révolution libérale du marché du travail ».

Ainsi, un travailleur d’une cinquantaine d’années, ayant travaillé 29 ans dans la même usine et licencié, ne recevra plus qu’une seule année d’indemnité de licenciement puis risque, au bout de deux ans de chômage, d’être radié et de devoir s’adresser au CPAS.

Mais s’il a un conjoint disposant d’un revenu ou s’il a un peu trop épargné, il n’aura même plus droit au revenu d’intégration. Dans tous les cas, il ne cotisera plus pour ses droits sociaux ni pour sa pension s’il ne retrouve pas de travail à son âge.

Heureusement, il existe encore des lois internationales qui limitent certains excès.
Là où la Belgique était autrefois pionnière en matière de droit social, elle est aujourd’hui souvent rappelée à l’ordre par ces normes internationales.

Ainsi, le Conseil d’État a dû signaler au gouvernement que supprimer les primes de travail de nuit pour les heures avant minuit et après 5 h du matin dans la distribution et les secteurs apparentés viole la convention de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui prévoit que les primes pour travail de nuit doivent couvrir au moins sept heures consécutives.

Le Conseil d’État estime par ailleurs que le fait que les nouveaux travailleurs soient beaucoup moins rémunérés que les anciens crée une disparité importante entre travailleurs exerçant la même fonction, et que le gouvernement ne justifie pas suffisamment cette différence.

Même remarque pour les 360 heures supplémentaires annuelles que le gouvernement voudrait instaurer en plus de la semaine de 38 heures. Pour 240 de ces heures, aucune cotisation sociale ne serait due, ce qui signifie qu’elles ne compteraient pas pour la pension.
Le Conseil d’État pense que cela entre en conflit avec la réglementation européenne.

De plus, le fait que les syndicats n’auraient plus à donner leur accord pour ces heures supplémentaires entre aussi en contradiction avec le droit constitutionnel à l’information, à la concertation et à la négociation collective, car cela en réduit la portée.

Ce ne sont pas des “détails techniques” à régler avant d’entamer les discussions budgétaires.
Ce sont des choix de société essentiels.

Ils ont été tranchés au détriment des gens ordinaires dans l’accord de gouvernement et les premiers projets de loi, mais il est encore temps de les corriger.
Pour les chrétiens-démocrates et les socialistes, c’est une tâche essentielle — qu’ils n’ont jusqu’à présent pas suffisamment remplie.

Préserver les ACS, c’est préserver un levier indispensable pour l’emploi et la cohésion sociale à Bruxelles

Carte blanche de la confédération représentative des entreprises à profit social bruxelloises (Bruxeo) et du front commun syndical bruxellois (FGTB Bruxelles, CSC, CGSLB).

Les organisations syndicales et patronales du non-marchand bruxellois appellent les négociateurs bruxellois à garantir la pérennité du dispositif ACS. Le réduire mettrait en péril des milliers d’emplois, affaiblirait les services publics de proximité et compromettrait la capacité de la Région à répondre aux besoins fondamentaux de sa population.  

Un levier essentiel pour l’emploi et la cohésion sociale

Chaque jour, des travailleuses et travailleurs assurent la continuité de services essentiels aux Bruxelloises et Bruxellois : puéricultrices, aides-soignants, éducatrices spécialisées, accompagnateurs de personnes en situation de handicap, médiatrices culturelles, formateurs en alphabétisation, travailleurs sociaux, animateurs jeunesse, ouvriers polyvalents de ressourceries… Un même fil rouge relie de nombreux travailleurs de ces métiers indispensables à la société : celui du dispositif ACS – Agents Contractuels Subventionnés.

Ce dispositif permet à la Région de s’appuyer sur des acteurs de terrain pour assurer des missions de service public essentiel, en soutenant un emploi local, utile, durable et non délocalisable, au service des Bruxelloises et des Bruxellois. Aujourd’hui, ces emplois ne sont pas accessoires : ils constituent la colonne vertébrale de centaines de services de proximité indispensables.

Un outil maîtrisé, transparent et rigoureux

Le dispositif ACS fait l’objet de contrôles stricts par Actiris sur base de conventions et de justificatifs mensuels. C’est un système fiable, pilotable et conforme aux exigences de bonne gouvernance.

Le secteur a déjà fait sa part

Depuis dix ans, le dispositif ACS a été ajusté, rationalisé et contrôlé : les taux de subvention ont été réduits, les avances ont été supprimées, les dérogations restreintes. Réduire encore ce dispositif, c’est briser un équilibre déjà fragile.

Nous sommes conscients des défis budgétaires auxquels est confrontée la Région bruxelloise. Mais réduire l’enveloppe ACS ne réduirait pas le déficit – cela ne ferait que déplacer le problème.

Les conséquences seraient immédiates et multiples :

Concrètement, ces coupes auraient des répercussions directes et immédiates sur le terrain : chaque poste supprimé représenterait non seulement un emploi perdu, mais aussi des centaines de bénéficiaires privés d’un service, des projets suspendus et des quartiers fragilisés.

Nos demandes

Nous appelons le futur gouvernement bruxellois à :

Les ACS ne sont pas une dépense, mais un investissement stratégique : dans l’emploi local, dans les services essentiels de proximité, dans la cohésion sociale et dans la résilience économique de Bruxelles.

Soutenir le dispositif ACS, c’est garantir la capacité de la Région à répondre aux besoins fondamentaux de ses habitants.

Thatcher avait tort, il y a toujours un choix, monsieur De Wever

Est-il normal que les 1 % les plus riches paient proportionnellement deux fois moins d’impôts que la moyenne des contribuables ?

Bert Engelaar est secrétaire général de la FGTB, Els Hertogen est directrice de 11.11.11, Eva Smets est directrice d’Oxfam Belgique, Joeri Thijs est porte-parole de Greenpeace Belgique et Ann Vermorgen est présidente de la CSC.
Ils affirment qu’il existe bel et bien des alternatives à la frénésie d’austérité de De Wever.

Alors que le gouvernement prépare de nouvelles mesures d’austérité drastiques qui toucheront la classe moyenne et les plus vulnérables, le Premier ministre Bart De Wever cite la célèbre phrase de Margaret Thatcher : « There is no alternative ». Mais l’histoire comme l’économie montrent qu’il existe bel et bien d’autres voies — plus justes et plus intelligentes.

En citant Thatcher pour justifier ses économies, De Wever ressuscite un slogan des années 1980.
Un slogan qui a servi à imposer des politiques néolibérales ayant conduit à une explosion des inégalités et de la pauvreté, à la destruction des services publics, et à une dérégulation au profit des multinationales et des plus riches.

Est-ce vraiment le modèle que la Belgique veut suivre ?
Affirmer qu’il « n’y a pas d’alternative » témoigne d’un manque de vision — et d’un mépris envers toutes celles et ceux qui travaillent, soignent ou enseignent, et qui subiront les conséquences de ces coupes budgétaires.

Le 14 octobre, 140.000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles pour rappeler que la solidarité, les services publics, le climat et la sécurité sociale ne sont pas des variables d’ajustement.
La Belgique mérite mieux que des recettes idéologiques d’un autre siècle.

Les bénéfices d’une politique sociale

En Belgique, 2,1 millions de personnes risquent la pauvreté ou l’exclusion sociale.
Et pourtant, le gouvernement Arizona choisit aujourd’hui de s’attaquer à nos pensions, à notre temps de travail, aux soins de santé, aux femmes, aux demandeurs d’emploi, aux malades et aux personnes vulnérables.

Rétablir l’équilibre budgétaire sur le dos des plus fragiles est un très mauvais plan, à la fois socialement et économiquement.

Les personnes aux revenus les plus faibles n’investissent pas leur argent dans des fonds spéculatifs ou des paradis fiscaux.
Elles le dépensent en biens et services, le réinjectant directement dans l’économie réelle.
Soutenir cette consommation, c’est soutenir le commerce local et l’emploi.
En réduisant leurs revenus, comme le fait le gouvernement, on pousse les gens au bord du gouffre.
On les force à restreindre leurs dépenses essentielles : chauffage, alimentation, vêtements.

Les politiques d’austérité appauvrissent les plus vulnérables, mais elles finissent par nuire à toute la société et à l’économie.

Pourquoi le gouvernement refuse-t-il obstinément de demander une contribution équitable aux plus riches ?
Ils épargneraient un peu moins, sans que leur niveau de vie en soit affecté.
Un système fiscal plus progressif renforcerait à la fois la justice fiscale et la stabilité économique.

Est-il normal que le 1 % le plus riche paie proportionnellement deux fois moins d’impôts que la moyenne des contribuables ?
Est-il normal que la fraude et l’évasion fiscales coûtent 30 milliards d’euros par an ?

Des choix politiques

Le Bureau du Plan a pourtant calculé qu’un impôt sur la fortune des millionnaires pourrait rapporter 4,7 milliards d’euros de recettes fiscales.
Investir cet argent dans les soins de santé, des pensions décentes, la transition climatique, la solidarité internationale et la protection sociale n’est jamais de l’argent perdu.
C’est un investissement dans une société plus résiliente, plus équilibrée, plus saine et plus pacifique.
Ces dividendes sociaux profitent à tout le monde.

Malgré ces faits, le gouvernement veut réduire, froidement et méthodiquement, toutes les formes de solidarité.
Les coupes annoncées dans la coopération au développement n’en sont qu’un exemple.
Elles vont au-delà d’un simple exercice budgétaire : c’est une attaque idéologique contre un secteur qui rappelle au gouvernement ses engagements internationaux et sa responsabilité en matière de droits humains.

Dans le même temps, la Belgique consacre encore 13 milliards d’euros par an à des subventions pour les combustibles fossiles.
Si certaines aides sociales doivent être maintenues, la majeure partie de ces subsides bénéficie à des activités polluantes sans valeur sociale ajoutée, retardant ainsi la transition écologique.

Comment peut-on justifier des coupes dans des secteurs essentiels tout en maintenant des subventions nuisibles qui portent atteinte au climat et à la santé publique ?

Au cours des dix dernières années, la Belgique a perdu 19,3 milliards d’euros de recettes qui auraient pu financer les services publics et la sécurité sociale.
D’ici 2029, les revenus fédéraux devraient encore baisser de 7,9 milliards d’euros.
Et 85 % de ce recul budgétaire sera le résultat des choix du gouvernement Arizona.
Le gouvernement sabote donc délibérément ses propres recettes… pour ensuite s’inquiéter de la dette publique qu’il a lui-même contribué à creuser !

Cette situation n’est pas une fatalité.
Si rien ne change, les taux de pauvreté augmenteront dans les années à venir.
La tâche d’un gouvernement n’est pas de se cacher derrière des slogans d’un autre temps, mais d’offrir de nouvelles perspectives et une vision d’avenir à la population.

L’histoire l’a prouvé : Thatcher avait tort.
Il y a toujours un choix — le choix de mettre fin aux cadeaux fiscaux inefficaces et polluants,
le choix de faire contribuer chacun selon ses moyens, 
le choix d’investir dans l’avenir plutôt que de couper dans la santé, l’éducation, la solidarité internationale et l’environnement.

Non, Monsieur Clarinval, ce n’est pas un hasard

Ce mercredi sur Bel RTL, le ministre Clarinval insinuait que la hausse du chômage serait due à un manque de contrôle ou d’efficacité d’Actiris. Une attaque injuste et infondée, qui passe totalement à côté des réalités sociales, économiques et territoriales de notre Région..

Florence Lepoivre, Secrétaire générale de la FGTB Bruxelles, remet les pendules à l’heure et rappelle les véritables enjeux :

Non, Monsieur Clarinval, ce n’est pas un hasard.

S’il y a plus de demandeurs d’emploi à Bruxelles, c’est parce que notre Capitale concentre les défis les plus lourds du pays : une grande précarité, une jeunesse nombreuse, une diversité exceptionnelle souvent discriminée à l’embauche, un territoire enclavé dans 19 communes, des logements trop chers, et un marché de l’emploi où les Bruxellois restent trop souvent sur le banc de touche.

Bruxelles n’a pas besoin d’un discours méprisant sur « le laxisme d’Actiris » — elle a besoin de moyens, de justice sociale et de respect.

Parce que Bruxelles, malgré tout, continue d’assumer un rôle moteur pour l’ensemble du pays. Elle accueille, forme et insère professionnellement des milliers de personnes, y compris venues de Flandre et de Wallonie, qui travaillent ensuite ailleurs. Elle prend en charge des missions fédérales comme l’accueil des migrants, sans en recevoir les compensations à la hauteur.

Bruxelles, ce sont 185 nationalités, 728.000 emplois, 20 % du PIB national, un modèle de cohabitation interculturelle unique, une jeunesse créative et des services publics qui tiennent, souvent à bout de bras.

Plutôt que de prendre Bruxelles comme bouc émissaire pour justifier une réforme injuste et brutale du chômage, qui frappera surtout les communes les plus pauvres et les CPAS déjà sous pression, il faudrait enfin soutenir cette Région à la hauteur de ses responsabilités.

Faire du Brussels Bashing ne cache pas la réalité.

Votre réforme ne remet pas « le travail au cœur », elle met la pauvreté au cœur de votre Capitale.

Et elle va précipiter des milliers de familles bruxelloises dans l’exclusion.

Il est temps d’en finir avec le mépris. Il est temps de respecter Bruxelles. Et de défendre les droits des Bruxelloises et des Bruxellois.

Florence Lepoivre