Pensions : jusqu’où le gouvernement Arizona va-t-il encore oser aller ?
28/09/2026
Les pensions belges sont déjà parmi les moins élevées d’Europe par rapport aux revenus du travail. Et pourtant, le gouvernement Arizona continue de les prendre pour cible. Baisse des pensions, malus, petites pensions et femmes davantage touchées, métiers lourds laissés sur le carreau… Dans une carte blanche, Jef Maes décortique l’impact des réformes et des économies déjà décidées. Et alors que de nouvelles économies sont évoquées, il pose un constat clair : dans les pensions, il n’y a plus rien à aller chercher.
Économies – Il n’y a plus rien à aller chercher dans les pensions
Une carte blanche de Jef Maes, ancien secrétaire fédéral de la FGTB.
Il ressort du Pension Adequacy Report de la Commission européenne qu’en Belgique, une personne pensionnée conserve en moyenne 48 % de son ancien revenu. La moyenne européenne est de 58 %, soit 10 points de pourcentage de plus. À cela s’ajoutent les récentes économies décidées par le gouvernement De Wever. Et aujourd’hui, au moment de confectionner le budget, le Premier ministre estime qu’il y aurait encore davantage à aller chercher du côté des pensions.
Selon le Comité d’étude sur le vieillissement, deux tiers de l’augmentation des dépenses de pensions prévue d’ici 2070 – soit 1,4 % du PIB, ou environ 10 milliards d’euros – ont déjà été supprimés. Les autres dépenses sociales diminuent également. À l’exception des soins de santé, où l’augmentation des dépenses devrait encore atteindre 2,1 % du PIB, soit environ 15 milliards d’euros.
Alors même que nous travaillerons plus longtemps, la réforme Jambon (N-VA) aura pour conséquence qu’à terme, les pensions diminueront de 13 % par rapport aux revenus moyens du travail. « Du point de vue de la soutenabilité sociale, cela indique un risque progressif de voir le niveau de vie des pensionnés prendre du retard par rapport à celui de la population active », souligne le Comité d’étude sur le vieillissement.
Selon le Bureau du Plan, à long terme, les fonctionnaires verront leur pension diminuer de 15,2 % par rapport à leur ancien revenu, les salariés de 7,3 % et les indépendants de 3,2 %. Si les adaptations au bien-être ne sont pas réintroduites après cette législature, les pensions des salariés pourraient même diminuer d’un quart.
Les femmes particulièrement touchées
Un élément frappant de cette réforme est que ce sont surtout les pensions les plus basses qui seront mises à contribution. D’ici 2070, les pensions les plus faibles diminueront de 12,1 %, soit plus du double de la baisse des pensions les plus élevées, qui reculeront de 5,7 %. Jusqu’à présent, les pensions les plus basses étaient généralement épargnées.
La pension moyenne des femmes diminuera de 6,6 %, contre 5,8 % pour les hommes. Le malus pension touchera particulièrement les femmes : 37 % d’entre elles seront concernées, contre 14 % des hommes. Cela s’explique par le fait que les femmes assument davantage de tâches de soins et atteignent donc plus difficilement les 45 années de travail à au moins mi-temps nécessaires pour éviter le malus.
Plusieurs mesures qui toucheront presque exclusivement les femmes sont encore en préparation et ne sont donc pas encore prises en compte dans ces chiffres. Il s’agit notamment de la réduction progressive de la pension de conjoint divorcé et de la pension de survie, ainsi que de la pension au taux ménage de 75 %.
Les catégories professionnelles qui s’étaient le plus fortement mobilisées lors de la première manifestation de janvier 2025 – les enseignants, les pompiers et la police – pourront encore partir à la pension un an plus tôt. Il s’agit d’une décision purement électorale. Avec l’augmentation de son budget de la Défense, le ministre Francken (N-VA) a joué à Saint-Nicolas : il a accordé une augmentation salariale aux militaires et leur a permis de partir à la pension deux ans plus tôt.
Pour les ouvriers exerçant un métier lourd, les personnes travaillant en équipes, les travailleurs de nuit, les ouvriers de la construction, le personnel roulant des chemins de fer soumis à des horaires difficiles et les personnes ayant derrière elles une longue carrière de 40 années à temps plein, il ne reste plus rien.
Auparavant, ces travailleurs bénéficiaient encore d’exceptions et pouvaient, jusqu’il y a peu, accéder au régime de chômage avec complément d’entreprise dès 60 ans. Cette fois, ils n’ont pas réussi à se faire suffisamment entendre et aucune exception n’est prévue pour eux. Pas même pour les ouvriers qui travaillent en permanence en équipes successives.
Cette fois, il n’y a eu aucune concertation sociale sur cette question. Une faute du gouvernement, et l’une des raisons pour lesquelles la mobilisation syndicale se poursuivra.