Primes à la rénovation : quand la mobilisation fait bouger les lignes !
26/08/2026
En mars dernier, le gouvernement bruxellois annonçait la disparition des primes à la rénovation énergétique au profit de prêts, même pour les ménages les plus précaires. Avec Embuild.brussels, la FGTB Bruxelles avait contesté ce choix et démontré qu’une autre voie était possible. Quelques mois plus tard, le gouvernement a revu sa copie : les primes destinées aux ménages vulnérables seront finalement maintenues, préfinancées et renforcées. Une avancée qui rappelle une chose essentielle : lorsqu’on se mobilise et qu’on met des alternatives crédibles sur la table, on peut faire bouger les lignes !
En mars, les primes étaient condamnées
Au printemps dernier, le gouvernement bruxellois annonçait son intention de mettre fin au système de primes Renolution et de le remplacer principalement par des prêts EcoReno à taux préférentiel ou à taux zéro.
Pour la FGTB Bruxelles, le système existant devait certes être revu : les primes bénéficiaient proportionnellement davantage aux ménages aisés, tandis que les ménages aux revenus les plus faibles éprouvaient davantage de difficultés à engager des travaux et, surtout, à en avancer le coût.
Mais supprimer les primes n’était pas la solution. Car un prêt à taux zéro reste un prêt. Et pour de nombreux ménages bruxellois, qui sont confrontés à la précarité énergétique et disposent de très faibles marges financières, s’endetter pour rénover leur logement n’est tout simplement pas possible.
Notre proposition était de mieux cibler les primes vers les ménages qui en ont réellement besoin, les préfinancer pour éviter qu’ils aient à avancer plusieurs milliers d’euros et maintenir des aides directes pour celles et ceux qui n’ont pas la capacité d’emprunter.
Une mobilisation commune pour démontrer qu’il y avait une alternative
Face au projet du gouvernement, la FGTB Bruxelles et Embuild.brussels ont décidé de porter publiquement une position commune.
Fin mars, Aurélie Notebaert (permanente construction à la FGTB Centrale Générale) et Laurent Schiltz (Embuild.brussels), défendaient ensemble dans Le Soir le maintien de primes à la rénovation pour les ménages les plus vulnérables[1].

Aurélie Notebaert et Laurent Schiltz
Le constat était partagé : remplacer les aides par des prêts risquait non seulement d’exclure les ménages les plus vulnérables de la rénovation énergétique, mais également de provoquer l’abandon de nombreux projets de rénovation, avec des conséquences directes sur l’activité et l’emploi dans le secteur de la construction.
Mais cette mobilisation ne s’est pas limitée à une prise de parole médiatique.
À l’initiative de la FGTB Bruxelles, Brupartners (le Conseil économique et social bruxellois, où siègent les syndicats et les représentants des employeurs) a également adopté, le 23 avril, un avis sur les primes à la rénovation énergétique allant dans le même sens[2].
Nous avons donc fait ce que doit faire une organisation syndicale : contester une décision que nous estimions injuste, mais aussi démontrer qu’une autre politique était possible.
Quelques mois plus tard, le gouvernement revoit sa copie
Et cette mobilisation a porté ses fruits : le Plan social climat finalement adopté par le gouvernement bruxellois est sensiblement plus social que le projet initial :
- Pour les ménages en situation de précarité, il prévoit désormais une prime sociale de rénovation préfinancée, complémentaire à un prêt social à taux zéro. Le nombre de ménages susceptibles de bénéficier de cette prime a par ailleurs été revu à la hausse, passant de 3.600 à 3.900.
- Au total, 71 millions d’euros sont prévus pour ces primes, auxquels s’ajoutent 21,7 millions pour les prêts à taux zéro.
- Le logement social, totalement absent du premier projet, obtient également 58 millions d’euros pour financer des travaux de rénovation énergétique.
- Autre avancée importante : les propriétaires-bailleurs bénéficiant de ces aides devront mettre leur logement à disposition d’une agence immobilière sociale pendant au moins neuf ans. L’argent public consacré à la rénovation sera ainsi assorti d’une garantie sociale pour les locataires.
Le gouvernement a donc revu l’orientation annoncée en mars : les primes ne disparaîtront pas au profit des seuls prêts. Le principe que nous défendions – des aides directes, ciblées et préfinancées pour celles et ceux qui ne peuvent pas financer seuls leur rénovation – se retrouve aujourd’hui au cœur du dispositif.
Comme quoi, la lutte paie !
Cette avancée ne règle évidemment pas tous les défis de la rénovation énergétique à Bruxelles. Nous resterons attentifs à la mise en œuvre concrète du Plan social climat et à son accessibilité réelle pour les ménages concernés.
Mais il faut aussi pouvoir savourer les victoires.
En mars, la suppression des primes était présentée comme le choix du nouveau gouvernement.
Nous avons contesté cette orientation, construit une alternative avec d’autres acteurs de terrain, porté le débat dans la presse et dans la concertation sociale. Et le gouvernement a finalement revu sa copie.
C’est précisément à cela que sert l’action syndicale : ne pas se contenter de dire non, mais faire la démonstration que d’autres choix sont possibles, construire des rapports de force et obtenir des changements concrets ! Dans une période où l’on voudrait trop souvent nous convaincre que les contraintes budgétaires imposent une seule politique possible, ce dossier démontre le contraire. Des alternatives existent. Et lorsqu’on se mobilise pour les défendre, on peut obtenir des résultats.
[1] Le Soir, 29/03/2026 : Bruxelles : syndicats et secteur s’inquiètent de la disparition des primes à la rénovation
[2] Brupartners, 23 avril 2026 : Avis d’initiative – Primes à la rénovation énergétique du bâti