Faire grève : pour ou contre l’avenir de nos enfants ?
26/11/2025
24, 25 et 26 novembre. Trois jours de mobilisation historique pour dire stop à l’offensive sociale du gouvernement Arizona. Au cœur de ces actions de grève : la défense de notre système de pensions, aujourd’hui menacé. Car derrière les discours rassurants, les mesures annoncées vont frapper de plein fouet les enseignants, les agents publics, et au-delà, toute une génération qui risque de se retrouver avec une pension rabotée au minimum.
Une carte blanche de Jef Maes, ancien secrétaire fédéral de la FGTB
Une note interne du cabinet Jambon, avec des calculs sur les futures pensions du personnel enseignant, montre clairement que ce sont surtout les jeunes fonctionnaires, donc nos (petits-)enfants, qui seront les plus pénalisés.
Aujourd’hui, la pension d’un fonctionnaire est calculée sur le salaire des dix dernières années. À partir de 2027, on ajoutera chaque année une année supplémentaire. À partir de 2042, la pension des fonctionnaires sera donc calculée sur le salaire (le plus bas) des 45 dernières années, comme dans le privé.
Un enseignant titulaire d’un master qui part à la retraite à 63 ans et qui a aujourd’hui 55 ans, perdra 146 euros par mois. Un enseignant qui a aujourd’hui 35 ans perdra déjà 756 euros par mois.
La note du cabinet Jambon ne calcule évidemment pas la perte pour quelqu’un qui n’a pas encore 30 ans aujourd’hui. Quand ces « jeunes » prendront leur pension, la perte sera encore plus élevée.
Alors que les ministres de l’Arizona expliquent qu’il faut réformer pour les générations futures, ce sont précisément ces générations futures qui paieront le prix fort et qui n’ont plus la certitude de pouvoir encore compter sur une sécurité sociale digne de ce nom.
D’autres dispositifs de protection sociale en cours de démantèlement frapperont surtout les jeunes générations, comme la réduction des pensions de survie et de divorce, essentielles pour les personnes (surtout des femmes) qui travaillent à temps partiel pour s’occuper des enfants et du foyer.
Diviser pour mieux régner
« Pourtant, les pensions nettes des enseignants resteront, même après la réforme, bien plus élevées que la moyenne du privé », affirme le cabinet.
Pour ce faire, ils comparent la pension d’un fonctionnaire à mi-carrière avec la moyenne de tous les travailleurs du privé, soit seulement 1.523 euros par mois. C’est évidemment comparer des pommes et des poires.
Bien sûr que les pensions des fonctionnaires diplômés de l’enseignement supérieur, disposant d’un salaire plus élevé et n’étant qu’à mi-carrière – donc pas encore pleinement impactés par la réforme – seront encore plus hautes que la moyenne de l’ensemble du privé.
« Les fonctionnaires conserveront encore 75% de leur salaire moyen, alors que dans le privé ce n’est que 60%. » Ce qu’ils ne disent pas, c’est que la pension des fonctionnaires n’est pas calculée sur le pécule de vacances ni sur le treizième mois, alors que dans le privé, oui.
En réalité, les pensions des fonctionnaires sont, de fait, ramenées au niveau de celles du privé. Et il n’y a vraiment pas de quoi envier cette situation : ces travailleurs se trouvent déjà en queue de peloton en Europe. Et le programme du gouvernement De Wever leur fera perdre – eux aussi – plus de 9 %, les reléguant encore davantage à l’arrière du peloton.
Quant à l’espoir que leur perte soit compensée par le développement du deuxième pilier : regardez le privé, où la pension complémentaire d’entreprise ne rapporte, pour l’immense majorité, pas même 50 euros par mois.
La seule consolation pour certains fonctionnaires – l’enseignement, la police et les pompiers – est qu’ils pourront, pauvrement, partir un an plus tôt à la retraite que les autres. Ils le doivent au fait qu’ils étaient massivement présents à la manifestation syndicale du 15 janvier – preuve, s’il en fallait, que l’action paie.
Pour les métiers lourds du privé, les travailleurs en équipes et de nuit et les ouvriers du bâtiment, cela n’a même pas été prévu. Pas davantage pour le personnel roulant du rail, qui une semaine doit se lever à 3 heures du matin pour faire partir les premiers trains, et l’autre semaine ne rentre qu’à 2 heures du matin après les derniers trains. Donc, ceux qui râlent contre les grèves feraient bien de se renseigner un minimum.