Primes à la rénovation : quand la mobilisation fait bouger les lignes !

En mars dernier, le gouvernement bruxellois annonçait la disparition des primes à la rénovation énergétique au profit de prêts, même pour les ménages les plus précaires. Avec Embuild.brussels, la FGTB Bruxelles avait contesté ce choix et démontré qu’une autre voie était possible. Quelques mois plus tard, le gouvernement a revu sa copie : les primes destinées aux ménages vulnérables seront finalement maintenues, préfinancées et renforcées. Une avancée qui rappelle une chose essentielle : lorsqu’on se mobilise et qu’on met des alternatives crédibles sur la table, on peut faire bouger les lignes !

En mars, les primes étaient condamnées

Au printemps dernier, le gouvernement bruxellois annonçait son intention de mettre fin au système de primes Renolution et de le remplacer principalement par des prêts EcoReno à taux préférentiel ou à taux zéro.

Pour la FGTB Bruxelles, le système existant devait certes être revu : les primes bénéficiaient proportionnellement davantage aux ménages aisés, tandis que les ménages aux revenus les plus faibles éprouvaient davantage de difficultés à engager des travaux et, surtout, à en avancer le coût.

Mais supprimer les primes n’était pas la solution. Car un prêt à taux zéro reste un prêt. Et pour de nombreux ménages bruxellois, qui sont confrontés à la précarité énergétique et disposent de très faibles marges financières, s’endetter pour rénover leur logement n’est tout simplement pas possible.

Notre proposition était de mieux cibler les primes vers les ménages qui en ont réellement besoin, les préfinancer pour éviter qu’ils aient à avancer plusieurs milliers d’euros et maintenir des aides directes pour celles et ceux qui n’ont pas la capacité d’emprunter.

Une mobilisation commune pour démontrer qu’il y avait une alternative

Face au projet du gouvernement, la FGTB Bruxelles et Embuild.brussels ont décidé de porter publiquement une position commune.

Fin mars, Aurélie Notebaert (permanente construction à la FGTB Centrale Générale) et Laurent Schiltz (Embuild.brussels), défendaient ensemble dans Le Soir le maintien de primes à la rénovation pour les ménages les plus vulnérables[1].

Aurélie Notebaert et Laurent Schiltz

Le constat était partagé : remplacer les aides par des prêts risquait non seulement d’exclure les ménages les plus vulnérables de la rénovation énergétique, mais également de provoquer l’abandon de nombreux projets de rénovation, avec des conséquences directes sur l’activité et l’emploi dans le secteur de la construction.

Mais cette mobilisation ne s’est pas limitée à une prise de parole médiatique.

À l’initiative de la FGTB Bruxelles, Brupartners (le Conseil économique et social bruxellois, où siègent les syndicats et les représentants des employeurs) a également adopté, le 23 avril, un avis sur les primes à la rénovation énergétique allant dans le même sens[2].

Nous avons donc fait ce que doit faire une organisation syndicale : contester une décision que nous estimions injuste, mais aussi démontrer qu’une autre politique était possible.

Quelques mois plus tard, le gouvernement revoit sa copie

Et cette mobilisation a porté ses fruits : le Plan social climat finalement adopté par le gouvernement bruxellois est sensiblement plus social que le projet initial :

Le gouvernement a donc revu l’orientation annoncée en mars : les primes ne disparaîtront pas au profit des seuls prêts. Le principe que nous défendions – des aides directes, ciblées et préfinancées pour celles et ceux qui ne peuvent pas financer seuls leur rénovation – se retrouve aujourd’hui au cœur du dispositif.

Comme quoi, la lutte paie !

Cette avancée ne règle évidemment pas tous les défis de la rénovation énergétique à Bruxelles. Nous resterons attentifs à la mise en œuvre concrète du Plan social climat et à son accessibilité réelle pour les ménages concernés.

Mais il faut aussi pouvoir savourer les victoires.

En mars, la suppression des primes était présentée comme le choix du nouveau gouvernement.

Nous avons contesté cette orientation, construit une alternative avec d’autres acteurs de terrain, porté le débat dans la presse et dans la concertation sociale. Et le gouvernement a finalement revu sa copie.

C’est précisément à cela que sert l’action syndicale : ne pas se contenter de dire non, mais faire la démonstration que d’autres choix sont possibles, construire des rapports de force et obtenir des changements concrets ! Dans une période où l’on voudrait trop souvent nous convaincre que les contraintes budgétaires imposent une seule politique possible, ce dossier démontre le contraire. Des alternatives existent. Et lorsqu’on se mobilise pour les défendre, on peut obtenir des résultats.


[1] Le Soir, 29/03/2026 : Bruxelles : syndicats et secteur s’inquiètent de la disparition des primes à la rénovation

[2] Brupartners, 23 avril 2026 : Avis d’initiative – Primes à la rénovation énergétique du bâti

La FGTB Centrale Générale recrute à Bruxelles !

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Séminaire d’actualité sociale du CEPAG Bruxelles – Pensions : le grand hold-up

Travailler plus longtemps pour toucher moins : mythe ou réalité ?

Présentée comme indispensable pour la santé économique du système face au vieillissement de la population, derrière la réforme des pensions se cachent des choix politiques qui redessinent en profondeur notre modèle social.

Qui paiera réellement le prix de ces nouvelles règles ?

Bert Engelaar répond à Roland Duchâtelet : «Une autobiographie n’est pas un modèle social»

Dans une interview publiée le 14 août dans De Morgen « Qu’ils rêvent tant qu’ils veulent, mais pas avec mon argent », l’entrepreneur Roland Duchâtelet défend une refonte radicale de notre modèle de société : fin de l’obligation scolaire dans le secondaire, désinvestissement public de l’enseignement universitaire, remise en cause de notre système de sécurité sociale et même du fonctionnement de notre démocratie. Il propose également d’autoriser à nouveau le travail des enfants dès l’âge de 12 ans.

Bert Engelaar, président de la FGTB, lui répond : une société ne se gère pas comme une entreprise et un parcours individuel, aussi exceptionnel soit-il, ne peut servir de modèle pour tous.

Notre société n’est pas une holding, les citoyens ne sont pas des actionnaires

Une carte blanche de Bert Engelaar, président de la FGBT

Roland Duchâtelet a un problème avec la société : elle lui coûte trop cher. Dans l’interview (De Morgen), l’entrepreneur raconte qu’il ne possédait rien lorsqu’il s’est marié, qu’il travaillait pendant ses études et qu’il est devenu un entrepreneur à succès. Très bien. Mais une autobiographie n’est pas un modèle social.

« J’ai pu le faire, donc tout le monde le peut » : la formule paraît séduisante lorsqu’on est soi-même parvenu au sommet. La réussite devient un mérite individuel, l’échec une défaillance personnelle. L’origine sociale, la chance, la santé, l’éducation, le réseau, le fait d’avoir des parents avec ou sans argent disparaissent du tableau. Et l’inégalité finit ainsi par devenir la faute de ceux qui la subissent.

Lui-même a pu étudier dans une université subsidiée. Aujourd’hui, les autres n’auraient qu’à emprunter, « comme en Amérique ». Ce qui allait de soi pour vous devient soudain, pour la génération suivante, un luxe qu’elle doit financer elle-même.

L’interdiction du travail des enfants pourrait, selon lui, être levée à partir de 12 ans. Dans sa région, les employeurs doivent faire venir des Roumains, alors que les enfants pourraient « tout aussi bien cueillir des pommes et des poires ». Bien sûr qu’un enfant de 12 ans en est capable. La question n’est pas de savoir si les enfants peuvent travailler. La question est de savoir pourquoi nous avons décidé qu’ils ne devaient pas avoir à le faire. Le droit à l’éducation, aux loisirs, au développement et à la protection, vous vous souvenez ? Résoudre une pénurie de main-d’œuvre en faisant travailler des enfants de 12 ans n’est pas une idée révolutionnaire pour l’avenir. C’est une idée particulièrement ancienne à laquelle nous avons eu raison de renoncer.

Gains de productivité

Il y a ensuite l’IA. Des millions d’emplois seraient appelés à disparaître. C’est un débat que nous devons avoir. Mais il est absurde de prédire qu’il y aura bientôt moins de travail pour les adultes tout en proposant de mettre les enfants de 12 ans au travail. La question la plus importante est de savoir à qui profiteront les énormes gains de productivité générés par l’IA. Lorsque les machines prennent en charge une part croissante du travail, nous pouvons utiliser cette richesse pour avoir davantage de temps, un meilleur enseignement, de meilleurs soins et davantage de sécurité d’existence. Ou concentrer les bénéfices entre les mains d’un petit groupe de propriétaires et donner aux autres une somme d’argent pour qu’ils puissent continuer à consommer.

Le raisonnement sur l’école part lui aussi largement de sa propre expérience. Ses enfants et son petit-fils sont surdoués et s’ennuyaient à l’école. Mes propres fils aussi. Je sais donc que notre enseignement montre parfois ses limites à cet égard. Mais en conclure que l’enseignement secondaire devrait devenir facultatif est tout autre chose.

Pour certains enfants, l’école est ennuyeuse. Pour d’autres, c’est l’endroit où, pendant quelques heures, leur origine sociale ne détermine pas jusqu’où ils ont le droit de rêver. Un enfant a des parents très diplômés, un ordinateur et un réseau qui lui ouvre des portes. Un autre fait ses devoirs sur la table de la cuisine pendant que sa mère travaille en soirée. Donnez-leur à tous deux la même prétendue « liberté » et leurs chances resteront radicalement différentes.

Il en va de même des 8 euros de ticket modérateur chez le médecin qui, selon Duchâtelet, ne représentent pas grand-chose. Pour beaucoup de gens, 8 euros, c’est bel et bien de l’argent, qui s’ajoute au loyer, à l’énergie, à l’alimentation et aux médicaments. Celui qui n’a jamais besoin de compter jusqu’à la fin du mois devrait être prudent lorsqu’il décide de ce qui représente peu de choses pour les autres.

Mode d’emploi

C’est là que le bât blesse dans cette interview. Un homme qui a connu une réussite exceptionnelle transforme son parcours de vie exceptionnel en mode d’emploi valable pour tout le monde. Une société ne peut pas être organisée en fonction des exceptions. Tout le monde ne devient pas entrepreneur, tout le monde ne peut pas emprunter et tout le monde ne dispose pas d’un filet de sécurité financier lorsque quelque chose tourne mal. C’est précisément pour cette raison que les générations qui nous ont précédés ont construit la sécurité sociale, l’enseignement public, le droit du travail et des soins de santé accessibles.

Les idées exprimées sur la démocratie sont elles aussi hallucinantes. Les parlements seraient trop lents, Singapour serait un modèle et même la Chine serait une démocratie. Toujours la même idée : laissez les bonnes personnes décider et tout deviendra plus efficace. Une société n’est pas une holding. Les citoyens ne sont pas des actionnaires. Les enfants ne sont pas une réserve de main-d’œuvre bon marché.

Duchâtelet a bénéficié d’opportunités dans une société qui investissait dans l’enseignement, la recherche et les infrastructures, et il a su les saisir. Respect. Mais cette réussite ne vous donne pas le droit de décider que les autres n’ont désormais plus besoin de ces mêmes opportunités.

Un enfant de 12 ans n’a pas sa place dans un verger parce qu’un employeur ne trouve pas de cueilleurs de fruits. Un jeune ne devrait pas commencer ses études avec une montagne de dettes parce que ses parents n’ont pas les moyens de lui payer l’université. Une personne malade ne devrait pas reporter une visite chez le médecin parce que 8 euros semblent représenter peu de choses aux yeux de quelqu’un d’autre.

Le progrès, c’est faire en sorte que ceux qui viennent après nous aient davantage de chances. Pas leur présenter la facture des chances dont nous avons nous-mêmes bénéficié.

L’interview de Roland Duchâtelet dans De Morgen : « Qu’ils rêvent tant qu’ils veulent, mais pas avec mon argent »

Carte blanche de Bert Engelaar dans De Morgen : « Notre société n’est pas une holding, les citoyens ne sont pas des actionnaires »

Allez chercher l’argent là où il se trouve

Plus de la moitié des personnes qui ont perdu leurs allocations de chômage cette année se sont tournées vers le CPAS, tandis qu’une faible proportion seulement a retrouvé un emploi. Pour Bert Engelaar, ce premier bilan montre surtout que le gouvernement De Wever déplace la facture et appauvrit les personnes concernées sans résoudre les problèmes du marché du travail ni ceux des finances publiques.

Dans une carte blanche publiée sur DeWereldMorgen, média flamand indépendant il appelle à changer de cible : plutôt que de chercher de l’argent dans les poches de celles et ceux qui en ont le moins, il est temps de faire contribuer équitablement les plus grandes fortunes.

Une carte blanche de Bert Engelaar, président de la FGTB

Plus de la moitié des chômeurs qui ont perdu leurs allocations cette année ont depuis demandé un revenu d’intégration au CPAS. Le gouvernement De Wever estimait qu’environ un chômeur exclu sur trois ferait cette démarche. Ils ont été 53 %. Sur les plus de 99.000 personnes qui ont vu disparaître leurs allocations de chômage, plus de 52.000 ont demandé un revenu d’intégration et plus de 43.000 l’ont effectivement obtenu.

La grande réforme du marché du travail dont ce gouvernement était si fier apparaît, pour l’instant, surtout comme une coûteuse opération de déménagement : des personnes sont exclues de l’assurance chômage pour se retrouver, quelques guichets plus loin, au CPAS.

L’allocation disparaît des comptes de l’ONEM, mais la personne, évidemment, ne disparaît pas. Pas plus que son loyer, sa facture d’énergie ou le prix de son panier de courses. Le gouvernement fédéral peut se targuer d’une baisse des dépenses dans un régime tandis que les communes héritent de dossiers supplémentaires, d’un accompagnement accru et de nouvelles dépenses. La facture n’est pas réglée : elle est déplacée. Et, au passage, le revenu de la personne concernée diminue généralement fortement. Voilà donc, apparemment, ce qu’on appelle une réforme.

Pourtant, dans l’esprit d’une bonne partie de la Flandre, tout cela sonne bien. Supprimer les allocations des chômeurs, voilà au moins qui paraît ferme. Enfin, on s’attaque à ceux qui vivent depuis des années aux frais de la société. Enfin, on réveille les profiteurs. Enfin, chacun doit prendre sa part.

Mais qui sont exactement ces profiteurs ? Cela reste généralement assez flou. En tout cas, ce sont rarement les gens que nous connaissons personnellement. Abdel, qui habite dans la rue, n’est pas un profiteur : il a travaillé vingt ans dans la construction et, depuis son opération du dos, il ne trouve presque plus d’employeur prêt à l’engager. Sarah, la voisine qui élève seule ses enfants depuis la fermeture de son magasin, n’est pas non plus une profiteuse. Elle fait vraiment tout ce qu’elle peut. Abdullah, le meilleur joueur de l’équipe de football de votre fils, ne vient pas davantage d’une de ces familles-là : ses parents sont des gens sympathiques qui donnent toujours un coup de main au club.

Les profiteurs, ce sont toujours les autres. Ils habitent quelque part en dehors de notre rue, ne se tiennent pas à côté de nous devant l’école et ne vendent pas de gaufres pour le club de football. Dès que les gens ont un nom, un visage et une histoire, on découvre étonnamment souvent qu’ils ont été licenciés, qu’ils sont malades, séparés, peu qualifiés, jugés trop âgés par les employeurs ou coincés dans une région où les emplois ne sont tout simplement pas disponibles.

Et pourtant, le débat public fabrique une masse anonyme bien pratique : une armée de paresseux affalés dans leur canapé pendant que le Flamand qui travaille dur paie la facture.

Cette représentation est politiquement très rentable. La droite dispose en effet d’un récit que tout le monde comprend immédiatement : s’il n’y a pas assez d’argent, c’est parce que trop de gens profitent du système. Supprimez leurs allocations, mettez-les sous pression et le budget retrouvera son équilibre. La solution tient sur un sous-bock et ne nécessite aucune explication compliquée. Seul problème : les chiffres s’obstinent à ne pas suivre.

Parmi les premiers groupes qui ont perdu leurs allocations, environ 10 % ont, jusqu’à présent, retrouvé un emploi. Une proportion comparable s’est retrouvée à l’assurance maladie. Plus de la moitié se sont tournés vers le CPAS. Le gouvernement n’a donc pas supprimé les allocations de ces personnes parce qu’un emploi les attendait, mais parce qu’un calendrier politique avait décidé que leur temps était écoulé.

Celui qui n’a pas trouvé de travail après deux ans est appauvri, même lorsqu’aucun employeur n’est prêt à l’embaucher, que sa santé lui fait défaut, que la garde d’enfants est inabordable ou que les transports publics ne permettent tout simplement pas d’accéder aux zones d’activité économique.

La pauvreté devient ainsi un instrument de politique de l’emploi. Le raisonnement veut qu’une personne cherche davantage de travail dès lors que son revenu diminue. Comme si les employeurs devenaient soudain moins sélectifs parce qu’un chômeur a moins d’argent. Comme si un problème de dos disparaissait parce que l’ONEM envoie une lettre. Comme si la discrimination liée à l’âge cessait avec le début du revenu d’intégration. Comme si une mère célibataire disposait soudain de davantage d’heures dans une journée parce que ses allocations sont supprimées.

Le gouvernement, lui, peut se prévaloir de sa fermeté. Il a décidé, sanctionné et supprimé. Les résultats sont moins impressionnants. Le budget n’est pas sauvé, le marché du travail n’a pas soudainement été réformé et des dizaines de milliers de personnes n’ont pas retrouvé un emploi. En revanche, les CPAS ont hérité d’une énorme charge supplémentaire et des familles doivent désormais vivre avec encore moins de revenus. Les statistiques de l’assurance chômage sont plus belles, ce qui, rue de la Loi, semble manifestement constituer un succès. Passer d’un tableau statistique à un autre compte apparemment comme une activation.

Puis vient inévitablement le groupe suivant. Maintenant que les économies réalisées sur le dos des chômeurs s’avèrent décevantes, on se tourne vers les malades de longue durée. Il y aurait là encore beaucoup de personnes qui pourraient reprendre le travail à condition de leur mettre suffisamment de pression. Là aussi, le message est simple : contrôler plus sévèrement, sanctionner plus rapidement et payer moins longtemps. La même méthode est répétée alors même que sa première application produit à peine les résultats promis.

Ce qui est remarquable, c’est que, dans notre politique, les incitants financiers ne fonctionnent que dans un seul sens. Le chômeur doit recevoir un incitant financier pour chercher du travail. Le malade doit recevoir un incitant financier pour guérir plus vite. La mère célibataire doit recevoir un incitant financier pour accepter n’importe quel emploi.

Mais dès qu’il est question des plus riches, le vocabulaire change. Il faut alors veiller à ne faire fuir personne, à empêcher les capitaux de partir et à faire en sorte que les investisseurs continuent à se sentir les bienvenus.

Le pauvre reçoit le bâton, le riche reçoit de la compréhension.

C’est là que réside le cœur du problème. Ce gouvernement cherche de l’argent auprès de personnes qui n’en ont pratiquement pas. C’est politiquement facile, car elles ne disposent ni de fiscalistes, ni de lobbyistes, ni d’un accès direct aux cabinets ministériels. Leur patrimoine ne peut pas disparaître dans une holding et leurs revenus ne peuvent pas être transférés vers une construction fiscalement plus avantageuse. Celui qui vit d’une allocation possède un compte bancaire que l’on peut contrôler et une adresse à laquelle on peut envoyer une lettre. Cela en fait une cible particulièrement facile.

Pour ceux qui possèdent réellement beaucoup, la situation est tout autre. Le patrimoine augmente souvent plus vite que les salaires. Les maisons, les actions et les placements génèrent de nouveaux revenus, tandis que celui qui ne vit que de son travail paie surtout des impôts sur chaque euro gagné. Les grandes fortunes se transmettent, les rendements s’accumulent et, à partir d’un certain niveau, l’argent sert essentiellement à produire encore davantage d’argent.

Pendant ce temps, on fait croire à la société que le grand problème budgétaire se trouve chez quelqu’un qui vit avec 1.300 euros par mois.

C’est une absurdité économique, mais politiquement, cela fonctionne. La droite pointe vers le bas et affirme que c’est là que se trouve l’argent. Les syndicats et les progressistes répondent ensuite avec un plan de vingt mesures, plusieurs exceptions, des calculs de recettes fiscales et de longues explications sur toutes les formes possibles d’impôt sur la fortune. Le temps que nous ayons expliqué notre troisième tableau, la droite a déjà remporté le débat en cinq mots : prenez l’argent des profiteurs.

Nous devons de toute urgence changer notre fusil d’épaule. Notre réponse ne doit pas être compliquée.

Cherchez l’argent là où il se trouve. Faites enfin contribuer équitablement les plus grandes fortunes. Instaurez un impôt sur la fortune.

Il ne s’agit pas ici du petit épargnant, ni de l’indépendant qui a travaillé toute sa vie pour construire son entreprise, ni de la famille qui vient enfin de terminer de rembourser sa maison. Il s’agit des plus grandes fortunes, de personnes qui possèdent des millions et dont le patrimoine augmente année après année sans qu’elles doivent travailler une heure de plus pour cela. Celui qui possède suffisamment pour qu’une contribution sérieuse ne change rien à son niveau de vie peut aussi apporter cette contribution.

Un impôt sur la fortune n’est pas une punition infligée à la réussite. C’est simplement reconnaître qu’une société ne peut continuer à fonctionner lorsque le travail est lourdement taxé tandis que d’immenses fortunes sont largement épargnées. Les infirmières, les enseignants, l’épicier indépendant, les ouvriers de la construction et les employés de magasin paient chaque mois leurs impôts avant même que leur salaire arrive sur leur compte. Il est difficile d’expliquer pourquoi une personne disposant d’un patrimoine gigantesque bénéficie d’innombrables possibilités de limiter sa contribution alors qu’un chômeur doit justifier chaque euro d’épargne auprès du CPAS.

Le gouvernement De Wever voulait montrer qu’il osait briser les tabous. En réalité, il a surtout démantelé la protection de personnes qui disposent de peu de pouvoir politique. Des dizaines de milliers de chômeurs ont perdu leurs allocations, plus de la moitié se sont retrouvés au CPAS et seule une proportion limitée a, pour l’instant, retrouvé un emploi. Les économies budgétaires attendues se sont révélées en grande partie illusoires, tandis que le coût social est, lui, bien réel.

Qu’avons-nous donc gagné ? Pas 99.000 nouveaux travailleurs, pas un budget à l’équilibre et pas un marché du travail qui fonctionnerait soudainement mieux. Mais des familles plus pauvres, des communes davantage mises sous pression, plus d’incertitude et un gouvernement qui vend un transfert administratif comme une réforme historique.

Le chômeur n’a pas vidé les caisses de ce pays. Abdel, Sarah et toutes ces autres personnes qui essaient de garder la tête hors de l’eau n’ont pas caché des milliards. Ce n’est pas en les enfonçant encore un peu plus dans la pauvreté que l’on sauvera le budget. Quiconque veut sérieusement assainir les finances publiques doit cesser de chercher dans des poches vides.

L’argent est en haut.

Allez le chercher là.

Le front commun syndical repartira à l’offensive après la pause estivale

L’accord conclu par le gouvernement fédéral en Conseil des ministres avant les vacances confirme qu’il entend poursuivre sa politique de démantèlement social, sans répondre aux préoccupations du monde du travail. De nouvelles décisions budgétaires restent encore à venir. Les syndicats se préparent donc à de nouvelles actions.

Les discussions budgétaires reprendront après la pause estivale. L’accord conclu par le gouvernement fédéral en Conseil des ministres avant les vacances confirme qu’il entend poursuivre sa politique de démantèlement social, sans répondre aux préoccupations du monde du travail. De nouvelles décisions budgétaires restent encore à venir.

Les syndicats se préparent donc à de nouvelles actions. Après l’été, nous redoublerons d’efforts pour informer et sensibiliser largement la population, dans la rue et au sein des entreprises. Nous appelons à un vaste mouvement populaire pour envoyer un signal fort aux responsables politiques. Des alternatives existent.

La question du budget n’est pas encore résolue. Le gouvernement cherche toujours des milliards pour réduire le déficit budgétaire. Le Premier ministre Bart De Wever semble retomber dans son « trèfle à quatre feuilles », avec comme éléments principaux une nouvelle pression sur le pouvoir d’achat via l’indexation et la TVA, la réduction du budget des soins de santé et un contrôle toujours plus strict des malades de longue durée. 

Pour le front commun syndical, cette logique d’austérité n’est pas une fatalité : d’autres choix sont possibles, à condition d’avoir le courage politique de les mettre en œuvre.

Non à une pension au rabais pour les travailleur·euses des arts !

La FGTB Bruxelles, aux côtés des organisations représentatives des travailleur·euses des arts, se mobilise pour défendre leurs droits à une pension digne. Une pétition est lancée afin d’obtenir une modification du projet de réforme des pensions avant son adoption définitive.

Le projet de réforme des pensions porté par le gouvernement Arizona menace de pénaliser injustement des milliers de travailleur·euses des arts.

Alors que le gouvernement avait annoncé un régime tenant compte des spécificités des carrières artistiques, le texte actuellement en discussion exclut les périodes de chômage artistique antérieures à 2014 des exceptions prévues par la réforme.

Cette limitation est inacceptable. Les spécificités des métiers des arts – alternance de contrats de courte durée, travail à la tâche, diversité des employeurs et périodes indispensables de création, de préparation ou de répétition – sont reconnues par la législation depuis plusieurs décennies. Les exclure du calcul de la pension reviendrait à remettre en cause des droits acquis et à pénaliser des carrières déjà marquées par la précarité.

Cette distinction est d’autant plus incompréhensible que le projet de loi prévoit des exceptions pour d’autres professions confrontées à des parcours professionnels atypiques. Rien ne justifie que les travailleur·euses des arts soient traités différemment.

La FGTB Bruxelles, avec les autres organisations syndicales et les fédérations représentatives du secteur, demande que le projet de loi soit modifié avant son adoption afin de garantir le respect des droits acquis et de permettre aux travailleur·euses des arts de bénéficier d’une pension digne à l’issue de leur carrière.

Les travailleur·euses des arts ne demandent pas un privilège. Ils et elles demandent simplement que les spécificités de leur métier soient reconnues et que leurs droits soient respectés.

Soutenez cette mobilisation en signant la pétition et en la partageant largement autour de vous !

✒️ https://www.change.org/p/sauvons-la-pension-des-travailleur-euses-des-arts

BRAL & IEB : les subsides ne peuvent pas devenir un moyen de pression politique

Communiqué de la FGTB Bruxelles et de la CSC bruxelloise

Si le gouvernement bruxellois a finalement entériné la semaine dernière le versement d’une partie des subsides demandés par le BRAL et IEB, l’incertitude demeure quant au renouvellement d’autres financements essentiels à la poursuite de leurs missions. Cette situation n’est pas sans conséquences : des emplois sont aujourd’hui menacés et certaines activités de ces associations risquent d’être fragilisées.

Les déclarations récentes du ministre bruxellois du Budget, Dirk De Smedt, ne laissent guère de place au doute sur les motivations du récent blocage. Il reproche notamment à ces associations d’introduire des recours juridiques contre la Région et estime qu’elles ne font pas preuve de suffisamment de loyauté envers les autorités publiques.

La FGTB Bruxelles et la CSC bruxelloise expriment leur vive inquiétude face à cette situation.

Au-delà du cas particulier d’IEB et du BRAL, c’est une question fondamentale qui est aujourd’hui posée : une association peut-elle être sanctionnée financièrement parce qu’elle exerce son rôle de contre-pouvoir ?

Depuis des décennies, ces deux organisations contribuent au débat public bruxellois en apportant une expertise reconnue sur les questions d’urbanisme, de mobilité, d’environnement et de qualité de vie.

Elles participent à l’amélioration des projets urbains, alertent sur leurs impacts potentiels, proposent des alternatives et défendent les intérêts des habitants face à des décisions qui peuvent parfois privilégier des logiques de rentabilité ou de développement économique à court terme.

Leur action ne se limite pas aux recours judiciaires, loin de là. Au quotidien, elles informent, accompagnent, analysent, proposent des alternatives et participent à la construction d’une Région plus durable, plus équilibrée et plus démocratique.

Que l’on partage ou non leurs positions, leur utilité sociale et leur contribution au débat démocratique ne peuvent être niées.

Dans une démocratie, les associations, les syndicats, les mutualités et les mouvements citoyens ne sont pas là pour approuver systématiquement les décisions des gouvernements. Leur rôle est aussi d’interpeller, de critiquer, d’alerter et, lorsque cela s’avère nécessaire, d’utiliser les voies de recours prévues par la loi. Les frais liés aux recours introduits par IEB et le BRAL ne sont d’ailleurs pas financés par les subsides publics, les pouvoirs publics le savent parfaitement puisqu’ils contrôlent l’utilisation des financements octroyés.

Pour la FGTB Bruxelles et la CSC bruxelloise, vouloir faire dépendre le financement public de la docilité des organisations subsidiées constitue un précédent extrêmement préoccupant.

Aujourd’hui, ce sont des associations environnementales et citoyennes qui sont visées. Demain, ce pourraient être d’autres organisations de la société civile, d’autres contre-pouvoirs ou d’autres voix critiques.

À l’heure où de nombreux gouvernements multiplient les attaques contre les corps intermédiaires, les syndicats et le monde associatif, il est plus que jamais nécessaire de rappeler qu’une démocratie forte ne craint pas la critique. Elle la protège.

La FGTB Bruxelles et la CSC bruxelloise appellent dès lors le gouvernement bruxellois à garantir sans ambiguïté l’indépendance des associations subsidiées, à débloquer sans délai la totalité des subsides d’IEB et du BRAL et à réaffirmer clairement qu’aucune association ne peut être sanctionnée pour avoir exercé son droit à la critique, à l’interpellation politique ou aux recours prévus par la loi.

Dans une démocratie, on répond aux arguments par des arguments, pas en coupant les moyens de celles et ceux qui les portent.

Face à la contestation sociale, le choix de la démonstration de force et du mépris

Carte blanche de Florence Lepoivre et Jean-François Tamellini

Le 4 juin dernier, beaucoup d’entre nous ont rejoint le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux côtés des milliers de personnes mobilisées contre les politiques d’austérité qui frappent l’enseignement, la culture, la petite enfance, la recherche et les médias publics.

Nous y avons croisé des enseignants, des professeurs d’université, du personnel des écoles, des éducateurs, des travailleurs de la culture, des parents. Mais surtout beaucoup de jeunes.

Des jeunes venus défendre leur avenir.

Des jeunes qui savent très bien que, lorsque le gouvernement fédéral et celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles leur affirment que les mesures qui sont prises le sont dans leur intérêt, « pour préserver les générations suivantes », c’est un mensonge.

Cette mobilisation était pacifique. Les violences commises en marge de la manifestation sont inacceptables et doivent être condamnées sans ambiguïté.

Mais elles ne peuvent faire oublier l’essentiel : ce qui s’exprimait ce jour-là, c’était l’inquiétude d’une génération face à l’affaiblissement progressif des services publics et des outils de son émancipation.

Ce 4 juin, ce qui nous a le plus marqués n’est pas la violence de quelques individus venus parasiter une mobilisation pacifique.

C’est le contraste saisissant entre les revendications portées par des milliers de jeunes et l’accueil qui leur a été réservé.

Nous avons vu des autopompes. Des policiers en tenue anti-émeute.

Nous avons vu des charges policières, des coups de matraque, des gaz lacrymogènes.

Et des interventions dont beaucoup interrogent aujourd’hui, à juste titre, la proportionnalité.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Où est la proportionnalité lorsque des travailleurs de l’enseignement, des étudiants ou des parents se retrouvent pris dans des interventions d’une telle violence ?

Nous avons aussi vu des militaires devant la gare de Bruxelles-Central, armés de fusils d’assaut, se tenir aux côtés des policiers, face aux jeunes, comme si l’on vivait une insurrection, une guerre civile.

Dans un état de droit, l’armée n’est pas là pour assurer le maintien de l’ordre, à de rares exceptions près : menaces terroristes ou autres menaces graves pour la survie de l’État.

Ils ne sont ni formés, ni équipés pour encadrer des manifestations. Leur présence pour des tâches comme celle-là ne se voit que dans des pays autoritaires, où l’État de droit n’existe plus.

Quel message envoie-t-on aux jeunes qui s’inquiètent pour leur avenir lorsqu’ils voient de telles démonstrations de force alors que tout ce qu’ils réclament, c’est d’être entendus  ?

Quel message envoie-t-on à celles et ceux qui défendent leur école, leur université, leur accès à la culture ou à la recherche lorsqu’ils ont le sentiment d’être perçus avant tout comme un risque pour l’ordre public ?

Et quel message leur envoie-t-on lorsque certains responsables politiques semblent voir dans chaque jeune mobilisé pour son avenir, pour la qualité de l’enseignement qui lui est donné, un délinquant potentiel à redresser, à envoyer dans des camps ?

Derrière les événements du 4 juin se dessine une tendance préoccupante : celle d’un pouvoir de plus en plus sourd aux alertes qui montent de la société.

Depuis des mois, les mobilisations se succèdent.

Dans tout le pays, ce sont des travailleurs, des jeunes, des pensionnés, des associations et des citoyens qui manifestent pour défendre leurs pensions, leur pouvoir d’achat, les services publics et la sécurité sociale.

Et pour défendre l’État de droit.

Mais au-delà des manifestations elles-mêmes, c’est le peu de considération accordé aux alertes qui remontent de toutes parts qui interroge.

Les organisations de terrain tirent la sonnette d’alarme. Des secteurs entiers se mobilisent. Le Conseil d’État, la Cour des Comptes, des organes consultatifs officiels émettent des avis souvent très critiques.

Et pourtant, les passages en force se multiplient.

Comme si la concertation sociale, l’expertise et les alertes de terrain étaient devenues secondaires face à la volonté d’imposer coûte que coûte un programme d’austérité aveugle.

Dans le même temps, les syndicats,  les mutuelles et les médias publics sont discrédités, attaqués. La société civile est ignorée.

Bref, les contre-pouvoirs ne sont plus considérés comme des interlocuteurs, mais comme des obstacles à la marche forcée de l’austérité et de la destruction des droits.

Lorsque 5.000, 10.000, 100.000, 150.000 personnes manifestent sans être entendues, lorsque les avis rendus par les acteurs de terrain, les organes officiels restent lettre morte et que les espaces de concertation sont contournés, que reste-t-il du dialogue démocratique ?

Le 4 juin, les jeunes présents ne demandaient pas des privilèges.

Ils demandaient que l’on investisse dans leur avenir plutôt que dans l’austérité.

Ils demandaient des moyens pour apprendre, se former et construire leur avenir.

Mais au fond, leur revendication était la même que celle portée depuis des mois par des milliers de travailleurs, de citoyens, d’associations et d’acteurs de terrain : être entendus.

Être entendus avant que les décisions ne soient prises.

Être écoutés avant que les réformes ne soient imposées.

À les voir recevoir en retour mépris, démonstration de force et réponses caricaturales… on peut légitimement se demander si certains responsables politiques ont réellement entendu le message.

Gouverner, ce n’est pas ignorer ou réprimer l’expression d’une inquiétude.

C’est l’entendre. Et y répondre.

Florence Lepoivre                                                                Jean François Tamellini

Secrétaire générale FGTB Bruxelles                                Secrétaire général FGTB wallonne

Des camps de redressement pour les jeunes. A quand pour les responsables politiques ?

Une carte blanche de Bert Engelaar, président de la FGTB

Il y a eu des dégradations jeudi à Bruxelles. Des abribus ont été vandalisés. Des projectiles ont été lancés. Des services de secours ont été pris à partie. Bien sûr, il faut le dire. Bien sûr, il faut intervenir.

Personne, aucun syndicat, aucun enseignant, aucun parent – ne défend la violence ou les dégradations. C’est inacceptable.

Mais ce qui a surtout marqué les esprits, ce sont les grandes déclarations de plusieurs responsables politiques : « racaille », « camps de redressement », « éducation », « apprendre les bonnes manières ».

Peut-on aussi prendre un instant pour regarder ce que ces jeunes essaient de nous dire depuis des mois ?

On rend leur avenir toujours plus coûteux. Les frais d’inscription dépassent désormais les mille euros. Leurs écoles souffrent de pénuries de personnel, leurs cours sont supprimés, leurs enseignants doivent travailler davantage pour le même salaire.

Peu à peu, leur avenir se transforme en facture. Pourtant, ces questions sont passées au second plan.

Le débat est une nouvelle fois réduit à des questions d’ordre, de discipline et de sanction. Aujourd’hui, chaque colère sociale est immédiatement traitée comme un problème de sécurité. Chaque forme de contestation devient suspecte dès lors que des jeunes élèvent la voix.

Des camps de redressement, donc. Ce choix du mot en dit long. Mais qui décide qui doit y être envoyé ? Cela ne concerne-t-il que les jeunes qui lancent des pierres ? Ou aussi les responsables politiques qui stigmatisent des groupes entiers à coups de déclarations qui ne font qu’attiser les tensions ?

Existe-t-il aussi des camps de redressement pour l’humiliation publique ? Pour l’hystérie politique ?

C’est là que le bât blesse. Une société qui ne parle plus que de « rétablir l’ordre », de « fermeté », de « respect à imposer » ou de « sanctions exemplaires » finit par devenir dépendante de la surenchère sécuritaire.

Toute nuance disparaît. Tout contexte disparaît. Toute cause sociale disparaît.

Et soudain, les principaux ennemis de la société semblent être des adolescents de quinze ans. Des enfants, donc.

Des enfants auxquels on reproche de ne pas respecter suffisamment l’autorité.

Des enfants qui entendent déjà depuis des années qu’il faut faire toujours plus d’économies sur leur avenir.

Des enfants qui voient leur enseignement se dégrader, tout en se faisant expliquer qu’ils devraient rester reconnaissants.

Et ce que nous avons vu jeudi ne se résume d’ailleurs pas à des actes de vandalisme. Nous avons aussi vu des jeunes qui n’avaient rien fait ou presque. Des jeunes en colère parce qu’ils ont le sentiment que plus personne ne les écoute. Des jeunes paniqués sous les canons à eau et les gaz lacrymogènes.

Les plus cyniques tentent désormais de rendre les enseignants responsables de la colère de leurs élèves. Les enseignants « pousseraient les jeunes à la contestation ».

Des femmes et des hommes qui consacrent leur quotidien à donner des perspectives aux jeunes sont soudain présentés comme des fauteurs de troubles parce qu’ils refusent de regarder en silence leur métier être démantelé.

Plus hallucinant encore. Des jeunes qui descendent dans la rue pour défendre leur avenir sont réduits à de la « racaille ».

Comme si la discipline était le remède contre la colère sociale.

Encore une fois : rien ne peut justifier les violences ou les dégradations. Mais les responsables politiques qui rivalisent aujourd’hui de fermeté ne devraient-ils pas aussi se demander pourquoi tant de jeunes sont en colère ? Peut-être parce qu’ils ressentent ce que beaucoup d’autres ressentent depuis longtemps.

Ces gouvernements économisent sur tout ce qui permet aux gens d’aller de l’avant. L’enseignement. La santé. Les transports publics. La protection sociale. Tout doit coûter moins cher. Tout doit être plus efficace. Tout doit être plus dur.

Jusqu’au moment où les jeunes eux-mêmes comprennent que l’on est en train de démanteler leur avenir, pendant qu’on leur donne des leçons sur les normes et les valeurs.