Séminaire d’actu sociale du CEPAG Bruxelles : Palestine – Congo : des massacres qui profitent à l’Occident

Ce séminaire propose une lecture anti-impérialiste du génocide en Palestine et des massacres en République démocratique du Congo. Deux peuples, deux histoires, mais une même logique : là où se trouvent des ressources stratégiques et des territoires clés, l’Occident et les forces impérialistes alimentent le chaos pour préserver leur rapport de force mondial. Du pétrole du Moyen-Orient au cobalt congolais, l’exploitation économique nourrit le colonialisme collectif moderne et perpétue les atrocités. Nous analyserons comment ces mécanismes structurent les violences d’aujourd’hui et pourquoi les résistances palestinienne et congolaise demeurent des symboles puissants de lutte pour le monde entier.

Un gouvernement à « n’importe quel prix » ? Non !

Bruxelles a besoin d’un gouvernement qui protège et prend soin de ses habitant·es, de leurs besoins essentiels et de leurs services collectifs.

Le front commun CSC-FGTB Bruxelles et le MOC Bruxelles alertent sur les conséquences graves du blocage politique en Région de Bruxelles-Capitale.

L’absence de gouvernement crée une instabilité dont les conséquences se font déjà trop lourdement sentir sur le terrain : incertitudes budgétaires, décisions reportées, services fragilisés, travailleurs·ses mis sous pression et licencié.e.s. Dans le secteur non- marchand, de nombreuses ASBL font face à des retards de financement, à des menaces de coupes et à une austérité à bas bruit qui met en danger des missions essentielles et des emplois.

Alors que les pressions s’intensifient pour forcer la formation d’un gouvernement bruxellois « à n’importe quel prix », nous alertons sur la mise en place d’un agenda de casse sociale sacrifiant les travailleurs·ses et les personnes déjà les plus vulnérabilisées. La vulnérabilité reste un choix politique.

Les mobilisations citoyennes et syndicales de ces dernières semaines, notamment celle du 23 janvier portée par le secteur social-santé, l’ont rappelé : la crise politique n’est pas abstraite. Elle affecte directement le terrain, entrave – quand elle le l’empêche simplement pas – l’accompagnement des personnes, en particulier les plus précaires, et fragilise l’accès effectif aux droits.

Sortir de l’impasse ne peut, cependant, pas signifier former un gouvernement « pour faire n’importe quoi à n’importe quel prix ».

La majorité des citoyen·ne·s a voté, dans les collèges francophone et néerlandophone, pour des options progressistes lors des élections de 2024. Sur cette majorité progressiste au Parlement, il ne peut y avoir de véto.

La N-VA et le MR n’ont pas le mandat pour imposer à Bruxelles des politiques de reculs sociaux, de coupes budgétaires et de désengagement des pouvoirs publics.

Bruxelles n’a pas besoin d’une « solution » qui ferait payer la crise à la population : ni des coupes de 100 millions d’euros dans des communes déjà asphyxiées, ni une réduction de 40% des moyens des ASBL, ni le licenciement de 3.000 agents régionaux alors que les besoins explosent.

Alors que 25.000 Bruxellois·es ont déjà été exclu·es du chômage et que 15.000 autres le seront prochainement, la Région a besoin d’un gouvernement qui protège ses habitant·es, en priorité les plus précaires, ainsi que les services publics essentiels, tout en travaillant à la transition écologique. Dans un contexte de crise sociale et écologique qui frappe déjà durement Bruxelles, aggravée par les politiques menées à d’autres niveaux de pouvoir, la Région a besoin d’un gouvernement respectueux de la concertation, des droits des travailleur·euses et des allocataires sociaux.

Un gouvernement avec un cap économique et social : la stabilité institutionnelle n’a de sens que si elle améliore concrètement la vie des Bruxellois·e·s. De tous·tes les Bruxellois·es.

Cela suppose une orientation claire : sécuriser les financements, renforcer les services publics et associatifs, lutter contre la précarité, garantir l’accès aux droits et faire du social- santé une priorité comme digue collective face aux crises. Une concertation réelle avec les organisations syndicales et l’ensemble du monde associatif est indispensable pour répondre, ensemble, aux urgences sociales et écologiques et sécuriser l’action publique.

Le front commun CSC-FGTB et le MOC Bruxelles, appellent les responsables politiques à sortir rapidement de l’impasse sur une base conforme aux besoins sociaux de la population et à l’expression majoritaire issue des élections, et non sur un marchandage ouvrant la voie à la seule austérité.

Nous resterons mobilisé·es, aux côtés des travailleur·euses, des associations et des citoyen·nes, pour défendre les droits de chacun et chacune et notre vision d’une Région de Bruxelles solidaire, démocratique et protectrice.

Un gouvernement, vite, oui — mais pas au prix d’une politique qui aggrave davantage la précarité et fragilise celles et ceux qui tiennent la Région debout.

Une autre politique est possible et nécessaire : la solidarité n’est pas un coût, mais un investissement collectif dans la dignité et la cohésion sociale.

Ne ratons pas ce rendez-vous : les Bruxellois·es le méritent.

Durcir le contrôle des chômeurs bruxellois ne leur donnera pas d’emploi !

Communiqué de la FGTB Bruxelles, la CSC Bruxelles et l’asbl Collectif solidarité contre l’exclusion.

Ce vendredi 6 février, le Parlement bruxellois examinera en séance plénière une proposition de résolution adressant au gouvernement des demandes de « réforme de la procédure de contrôle de la disponibilité des chercheurs d’emploi » qui risque d’aggraver plus encore l’exclusion sociale et de fragiliser le modèle bruxellois de concertation sociale.

Alors que plus de la moitié des chômeurs indemnisés sont menacés de perdre leurs allocations suite à la limitation dans le temps décidée par le gouvernement Arizona, certains proposent aujourd’hui de réformer le contrôle régional de la disponibilité active des chômeurs bruxellois.

Cette proposition vise à imposer plus d’obligations aux demandeurs d’emploi, plus de contrôles, moins de possibilités de recours, plus de sanctions. Elle repose implicitement sur l’idée que ce sont les contrôles, les sanctions et les pertes d’allocations qui créent de l’emploi.

Pour la FGTB Bruxelles, la CSC Bruxelles et l’asbl Collectif solidarité contre l’exclusion, cette vision unilatérale est erronée et totalement déconnectée des réalités structurelles du marché de l’emploi bruxellois.

« Pour qui n’a qu’un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous. Pour qui ne pense qu’en termes de sanctions, tout devient un problème d’obligations et de contrôles. La solution préconisée par les auteurs de la résolution repose sur une vision idéologique du marché de l’emploi, qui ne tient pas compte des réalités bruxelloises » réagit Arnaud Lismond-Mertes, secrétaire général du Collectif solidarité contre l’exclusion.

« À Bruxelles, le marché de l’emploi exige souvent des diplômes élevés, alors que beaucoup de demandeurs d’emploi disposent de peu de qualifications reconnues. Le chômage est trois fois plus élevé chez les personnes peu qualifiées. Cette situation s’accompagne d’une forte précarité : 30 % des contrats durent moins de trois mois, ce qui ne permet pas de sortir durablement du chômage » précise Benoit Dassy, secrétaire régional de la CSC.

Bien que leur rôle dans la cogestion paritaire d’Actiris soit reconnu, les interlocuteurs sociaux – syndicats et organisations patronales – ont été contournés par les auteurs de la proposition. Celle-ci a été discutée en Commission de l’Emploi sans audition des partenaires sociaux, alors que le ministre de l’Emploi et la directrice générale d’Actiris ont, eux, été entendus.

« Consultées par le ministre de l’Emploi, les organisations syndicales et patronales ont pourtant adopté ce lundi un avis commun sur la réforme du contrôle de la disponibilité, qui s’écarte largement de la proposition de résolution » souligne Florence Lepoivre, secrétaire générale de la FGTB Bruxelles.

Initialement déposée par DéFI et Anders, la proposition a obtenu en commission une majorité de circonstance, à la suite d’amendements portés par le MR et le CD&V, et grâce au ralliement du MR, de la N-VA, de Groen, des Engagés et de la Team Fouhad Ahidar.

« Par son contenu comme par son processus d’adoption, cette proposition constitue une menace pour les demandeurs d’emploi bruxellois et pour le modèle bruxellois de concertation sociale et de cogestion du marché de l’emploi. Sa mise en œuvre ne ferait que renforcer les risques d’exclusion, éloignant les chômeurs de l’emploi au lieu de les en rapprocher. La proposition renforcerait par ailleurs la confusion entre les missions de contrôle et d’accompagnement d’Actiris et mettrait l’institution en difficulté, en imposant des objectifs impossibles à atteindre avec les moyens actuels » déplore Yves Martens, coordinateur et co-rédacteur en chef d’Ensemble!.  

Face à la crise sociale qui touche durement les Bruxelloises et les Bruxellois – conséquence des politiques du gouvernement Arizona – la Région doit se rassembler autour de ses forces vives pour défendre un modèle fondé sur la cohésion sociale, les équilibres environnementaux et une approche positive de la diversité.

L’adoption – par une majorité de circonstance – de cette résolution stigmatisante ne ferait que renvoyer davantage de demandeurs d’emploi vers les CPAS ou la solidarité familiale et aggraver l’instabilité régionale. La Région bruxelloise a besoin de politiques inclusives, capables de rassembler durablement et de préserver la paix sociale. Nous appelons donc les députés bruxellois à rejeter ce projet de résolution en séance plénière.

100.000 emplois à Bruxelles… où sont-ils ?

Ce 4 février, la FGTB Bruxelles, la CSC Bruxelles, la CGSLB Bruxelles, le Comité des Travailleurs·euses Sans Emploi de la CSC et plusieurs partenaires associatifs ont mené une action devant BECI, la fédération patronale bruxelloise.

Cette action s’inscrit dans un contexte social particulièrement préoccupant. Depuis ce mois de février, les premières personnes exclues du chômage à la suite de la réforme fédérale ne perçoivent plus leurs allocations. À Bruxelles, des milliers de personnes se retrouvent aujourd’hui sans revenus suffisants et sans perspective réelle d’emploi, avec pour seule issue souvent le recours aux CPAS. 

Dans le même temps, BECI communique sur l’existence de près de 100.000 emplois qui seraient disponibles pour les Bruxelloises et les Bruxellois, notamment sur base d’un outil d’intelligence artificielle censé recenser les offres d’emploi présentes sur le web. 

Pour la FGTB Bruxelles et ses partenaires, ce discours donne une vision déformée de la réalité du marché du travail. De nombreuses offres d’emploi ne sont ni adaptées, ni décentes, ni réellement accessibles aux personnes aujourd’hui exclues du chômage. Par ailleurs, de nombreux employeurs ne transmettent toujours pas leurs offres d’emploi à Actiris, ce qui limite la transparence et l’égalité d’accès à l’emploi. 

Une action symbolique pour dénoncer une réalité sociale

Lors de cette action, des CV ont été déposés symboliquement dans la boîte aux lettres de BECI.
Une manière de rappeler une réalité simple : de nombreuses personnes cherchent activement un emploi, mais se heurtent à des obstacles structurels — âge, discriminations, manque d’accès à la formation, contraintes familiales ou encore conditions de travail inadaptées. 

Des prises de parole syndicales, associatives et des témoignages de personnes concernées ont également permis de mettre en lumière les conséquences concrètes des exclusions du chômage sur le terrain. 

Exclure du chômage ne crée pas d’emplois

Pour la FGTB Bruxelles, la réforme actuelle ne constitue pas une solution au chômage.
Elle renforce la précarité et déplace la pression vers les CPAS et les services sociaux.

Les demandeuses et demandeurs d’emploi sont déjà soumis à de nombreux contrôles et obligations. Il est temps que les employeurs prennent également leurs responsabilités :

Un message clair

Les travailleuses et travailleurs sans emploi veulent travailler.
Mais ils ont besoin d’emplois accessibles, stables et correctement rémunérés.

La FGTB Bruxelles continuera à se mobiliser pour défendre un système de sécurité sociale solidaire et pour exiger des politiques qui créent réellement de l’emploi de qualité.

L’intervention de Florence Lepoivre, secrétaire générale de la FGTB Bruxelles

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Le chômage n’est pas un “Win for Life”. C’est une lutte quotidienne pour garder sa dignité.

Une carte blanche de Florence Lepoivre, secrétaire générale de la FGTB Bruxelles.

Ce matin, je suis allée à la rencontre de nos affiliés devant l’un de nos bureaux de paiements des allocations de chômage. Et une fois encore, j’ai mesuré à quel point la limitation des allocations de chômage dans le temps décidée par le gouvernement De Wever est une réforme violente, injuste, inégalitaire, asociale, insupportable.

Une réforme qui va plonger de nombreux Bruxellois dans la précarité.

Une réforme qui démantèle la sécurité sociale fédérale.

Une réforme qui met à mal les solidarités que nous avons construites, par la lutte, depuis la fin du XIXème siècle, pour tous les travailleurs.

Ce matin, j’ai croisé des dizaines de demandeurs d’emploi.

Toutes et tous sont inquiets. Beaucoup ne savent plus vers qui se tourner.

Certains sont en colère. La plupart sont sidérés, ne comprennent pas, ont les larmes aux yeux quand ils parlent de leur situation.

J’ai croisé ce père de famille, trois enfants, qui se bat pour retrouver un emploi mais qui n’y parvient pas. Ou en tout cas, pas un emploi suffisamment stable pour assurer un revenu décent à sa famille, pour leur offrir le bien-être qu’ils méritent.

J’ai rencontré ce jeune homme, d’origine italienne, qui multiplie les contrats d’intérim depuis son arrivée en Belgique. Il a quitté sa Sicile natale parce qu’il n’y avait aucun espoir d’y trouver un emploi. Et aujourd’hui, malgré tous ses efforts, malgré son travail acharné, malgré tous les emplois qu’il a exercés, il se retrouve exclu du chômage.

J’ai aussi parlé à cette femme, d’origine congolaise, racisée, discriminée sur le marché du travail, qui ne sait plus quoi faire pour trouver un emploi.

J’ai rencontré cette femme qui m’a dit, soulagée : « Moi, je suis pensionnée depuis le 1er février. Heureusement. »

J’ai parlé avec ce travailleur ALE, qui continuera malgré tout à travailler pour une école européenne, même s’il va perdre son chômage, même s’il risque de ne pas toucher l’intégralité de son revenu d’intégration. Parce qu’il a besoin de travailler. Pour lui. Pour garder sa dignité. Mais il ne sait pas comment il fera sans revenus en juillet et août, quand l’école sera fermée. Et il ne comprend pas pourquoi cette école ne peut pas lui offrir un vrai contrat.

J’ai rencontré cette jeune femme qui travaillait dans les ressources humaines et qui devait virer des travailleurs pour les remplacer par des étudiants ou des flexi-jobeurs, moins chers pour l’employeur. Dégoûtée, elle a démissionné. Elle veut croire qu’elle pourra retrouver un emploi qui a du sens, en accord avec ses valeurs.

J’ai rencontré cet homme de plus de 60 ans. Plus de 27 ans de travail. Soirs, nuits, parfois week-ends, dans un métier pénible. Il a mal au dos, mais pas suffisamment pour être reconnu en invalidité. Il n’a pas travaillé suffisamment pour conserver ses allocations de chômage. Malgré son âge. Malgré ses 27 années de cotisations payées sur ses heures de travail, sur ses heures supplémentaires, sur ses heures prestées le weekend.

J’ai  aussi rencontré cette jeune femme. Deux jeunes enfants, 8 mois et 2 ans et demi. Elle a dû fuir son mari, son domicile, tout abandonner, avec ses deux enfants sous le bras, après des violences sexuelles commises sur le plus âgé… 2 ans et demi ! Aujourd’hui, elle vit entre avocats, juges et services sociaux. Elle a dû arrêter de travailler. Elle va très bientôt perdre ses allocations de chômage, sa seule source de revenus. Elle a honte d’aller au CPAS demander ce qui lui est pourtant dû, ce que vous et moi, ce que la société lui doit.

Et ce ne sont là que quelques visages croisés ce matin.

Mais des visages qui me marqueront à jamais.

J’espère que, même si vous ne les avez pas rencontrés, ces mots vous permettront de mettre un visage, une histoire, derrière les 42.000 demandeurs d’emploi bruxellois — et les 180.000 chômeurs en Belgique — qui seront exclus des allocations de chômage.

Derrière ces chiffres, il y a des vies. Des familles. Des parcours. Des combats quotidiens.

Et face à eux, un gouvernement fédéral qui stigmatise, caricature, qui exclut violemment. Sans réflexion. Sans nuance. Sans laisser la moindre chance à celles et ceux qui se battent chaque jour pour trouver un emploi stable, durable, digne.

Pauvreté – Un compte en banque à sec n’est pas une politique

Une carte blanche de Bert Engelaar, président de la FGTB.

Aux guichets de nos permanences, au téléphone, lors des séances d’information… ces dernières semaines, nos collaborateurs ont entendu d’innombrables témoignages. Pas de grandes théories, mais des phrases courtes qui restent.

Des personnes qui n’abandonnent pas, mais qui s’enlisent. Des affiliés qui postulent, cherchent des formations, prennent des rendez-vous, élèvent leurs enfants, s’occupent de leurs proches, décrochent ici et là un mini-contrat précaire, et se réveillent pourtant avec une seule question qui occupe toutes leurs pensées : l’argent est-il déjà sur le compte ?

Pour beaucoup, cette question a été ressentie ce week-end comme une gifle. Application bancaire ouverte. Actualisation. Rien. Pas un simple retard qu’on peut attendre tranquillement, mais une réaction en chaîne immédiate : loyer, énergie, alimentation, frais scolaires, garde d’enfants. Celui qui ne peut pas payer perd sa liberté de choix. Celui qui perd sa liberté de choix perd aussi sa dignité. Ce n’est pas de la malchance. C’est une politique qui rend la frontière entre administration et survie extrêmement floue.

Technique de motivation

Aux guichets de nos permanences, nous voyons à quel point cette frontière mince pousse les gens vers le bas. D’abord vient la honte : « Ce doit être de ma faute. » Ensuite, la peur du courrier : des lettres qui restent fermées parce que des mots comme « suspendu », « exclu » ou « récupération » pèsent trop lourd.

Ensuite vient le parcours entre guichets et numéros de téléphone : réexpliquer, prouver, attendre. Un dossier devient plus lourd qu’un être humain. Le stress s’infiltre dans la chambre à coucher, dans l’estomac, dans la tête. Quand on est en mode survie, on ne pense pas en termes d’années, mais de jours : comment faire pour manger le lendemain ?

Pourtant, dans le débat public, on affirme souvent que des allocations plus basses poussent naturellement les gens vers l’emploi. La pauvreté comme technique de motivation menaçante : ça sonne fort, mais ça ne fonctionne pas. L’insécurité n’est pas un accompagnement. Celui qui éteint constamment des incendies peut difficilement investir dans l’avenir. Ce n’est pas seulement problématique sur le plan moral, c’est aussi contre-productif sur le plan économique.

Une nouvelle étude de la KULeuven, de l’UCLouvain et du Service de lutte contre la pauvreté, basée sur des données à long terme portant sur des dizaines de milliers de personnes, montre exactement l’inverse : des allocations plus élevées, au-dessus du seuil de pauvreté, aident les gens à retourner plus vite vers l’emploi, parce qu’ils peuvent à nouveau s’investir. Se former, payer les transports, partager une voiture, prendre un abonnement, réparer un ordinateur portable, organiser la garde d’enfants, enfin accéder à des soins psychologiques ou médicaux reportés depuis des mois. La stabilité n’est pas un hamac. La stabilité est un tremplin.

Les témoignages dans nos permanences rendent cette conclusion tangible. Des affiliés expliquent comment un revenu trop faible transforme les petits problèmes en grands problèmes. Celui qui n’a pas l’argent pour un abonnement de train n’arrive pas à un entretien. Celui qui reporte le dentiste traîne la douleur à chaque entretien d’embauche. Celui qui n’a pas d’endroit calme pour dormir échoue le jour où une chance se présente enfin. Certains font du bénévolat, s’occupent de leurs voisins, construisent un réseau, mais sont réduits dans les politiques publiques à des « inactifs ». Cette étiquette n’aide personne à avancer.

À cela s’ajoute la menace d’un nouveau choc : des dizaines de milliers de personnes risquent de perdre leur allocation dans les prochaines années parce qu’elles sont au chômage depuis plus de deux ans.

Sur le papier, cela s’appelle « activation ». En pratique, cela pousse les gens vers l’aide sociale et plus profondément vers la pauvreté, précisément au moment où ils ont besoin de soutien pour renouer avec l’emploi.

Quand on enlève le sol sous les pieds, on n’obtient pas un saut, mais une chute.

Le gouvernement veut lutter contre le chômage de longue durée. Très bien. Mais couper dans les allocations ne constitue pas une voie vers l’emploi. Cela crée surtout de la pauvreté, du stress et des problèmes de santé et déplace les gens d’un dispositif à l’autre. Qui plus est, un groupe déjà vulnérable devient encore plus vulnérable, précisément au moment où il faudrait faire preuve d’initiative : postuler à un emploi, se déplacer, apprendre, réseauter. Cela n’est pas possible avec un compte en banque à sec.

Allocations minimales

Ce qui fonctionne est sur la table depuis des années : relever les allocations minimales au moins jusqu’au seuil de pauvreté européen (environ 1.500 euros pour une personne isolée, comme le préconisent les chercheurs). Combiner cela avec un véritable accompagnement : un premier entretien rapide, un suivi intensif, des parcours réalisables, des formations menant à des emplois, des transports abordables et des soins de santé mentale accessibles. Donnez aux gens le temps et l’espace nécessaires pour reprendre le contrôle de leur vie, afin que le travail redevienne possible.

Je répète mon appel à réunir autour de la table tous les ministres qui s’occupent des politiques d’emploi, avec les partenaires sociaux. Ensemble, nous pouvons faire du « travail convenable » non pas un slogan, mais une réalité. Il est temps d’avoir des politiques qui maintiennent les gens à flot au lieu de les pousser vers le bas, la tête sous l’eau.

La fin du rail comme service public est préparée sur la base de dogmes idéologiques

Une carte blanche de Bert Engelaar, président de la FGTB, et Tony Fonteyne, président de l’ACOD-VLIG Spoor (CGSP Cheminots flamande)

Ce qui, au Royaume-Uni, a conduit au « Grand braquage ferroviaire » menace aujourd’hui la Belgique. Bert Engelaar, président de la FGTB, et Tony Fonteyne, président de l’ACOD-VLIG Spoor (CGSP Cheminots flamande), avertissent que les réformes prévues du rail vont vider le service public de sa substance, mettre le personnel sous pression et saper les ambitions climatiques.

Le film The Navigators de Ken Loach (2002) suit cinq cheminots après la libéralisation et la privatisation des chemins de fer au Royaume-Uni. Les cinq doivent postuler à nouveau pour leur propre emploi, mais cette fois chez un sous-traitant et dans des conditions dégradées. De la fiction en Belgique ? Pas si cela dépend du gouvernement Arizona. Le personnel ferroviaire, les voyageurs et les militants pour le climat se mobilisent donc ces prochains jours pour de meilleures conditions de travail et davantage de personnel, pour une offre de trains plus élevée et de qualité, afin que le « report modal » vers le rail devienne réalité.

Malaise

Le gouvernement ne veut pas seulement supprimer le recrutement statutaire dans les chemins de fer à partir de juin. Il veut aussi introduire le principe de « force majeure économique ». Cela signifie que la SNCB, si elle perdait des activités après la libéralisation, pourrait licencier des travailleurs du rail.

C’est clair : pour les travailleurs du rail, le train ne roule qu’en marche arrière. Une enquête externe sur le bien-être évoque « une charge de travail trop élevée, un risque trop important de burn-out, d’épuisement et d’absentéisme, trop d’impact du travail sur la vie privée, trop d’agressions internes et externes, et trop peu de soutien social. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le nombre de travailleurs dans les chemins de fer belges (SNCB, Infrabel, HR Rail) est passé de 35.898 en 2013 à 27.569 en 2024. En outre, le gouvernement veut encore économiser 675 millions d’euros sur le rail. À qui cela profite-t-il ? Aux voyageurs ? Non, certainement pas !

Fin du service public

Ce combat concerne l’avenir de notre rail. Le projet de loi et le démantèlement du statut au sein des chemins de fer sont imprégnés de la « nécessité de libéraliser » après 2032. La fin du rail comme service public est préparée sur la base de dogmes idéologiques.

Pourtant, nous avons déjà vu où cela mène au Royaume-Uni. Amis et ennemis s’accordent à dire que la libéralisation, mise en œuvre depuis le milieu des années 1990, a été un échec total. Un rapport de 2013 l’a qualifiée de The Great Train Robbery (« Le Grand braquage ferroviaire ») : « Vingt ans plus tard, les chemins de fer privatisés ont besoin chaque année de milliards de subventions du contribuable et n’ont pas réussi à garantir des investissements privés suffisants dans les rails ou les trains. »

Un article scientifique de 2017 conclut que l’idée selon laquelle la privatisation mènerait à plus d’efficacité s’est révélée « une illusion », qu’elle a entraîné des coûts supplémentaires considérables et qu’il s’agissait d’« un très mauvais choix politique ». Et le voyageur ? Selon des études comparatives, les prix des billets au Royaume-Uni figurent parmi les plus élevés d’Europe, bien plus élevés qu’en Belgique ou en Allemagne, par exemple.

Il n’est donc pas surprenant qu’environ trois quarts des Britanniques soient favorables à une renationalisation des chemins de fer. Déjà sous les précédents gouvernements conservateurs, il a été décidé de reprendre certaines lignes ferroviaires en mains publiques. Le gouvernement travailliste actuel devrait avoir renationalisé plus ou moins l’ensemble du rail d’ici 2027.

Manque de vision

C’est encore plus préoccupant dans le contexte de la transition climatique. Le précédent gouvernement avait élaboré une « Vision ferroviaire 2040 » pour faire passer la part du train dans la mobilité de 8 % à 15 % d’ici 2040. Un objectif ambitieux, qui nécessite une expansion sérieuse de l’offre. Fin 2024, la SNCB a toutefois déjà décidé de faire croître l’offre plus lentement que prévu. L’une des raisons ? Trop peu de nouveaux conducteurs de train et accompagnateurs de train.

Les grèves du personnel ferroviaire sont aussi un combat pour nous tous : voyageurs, contribuables, citoyens.

Une étude du Service Changement climatique est également très claire : le nombre d’emplois dans le secteur des transports publics, y compris les conducteurs de train, devra fortement augmenter dans les décennies à venir. Comme la SNCB mise surtout sur la croissance le week-end et le soir, cela signifie davantage de travail irrégulier. Si l’on réduit en plus les conditions de travail, où trouvera-t-on encore le personnel nécessaire ? La conclusion de l’étude est claire : « Des efforts structurels doivent être fournis pour améliorer les conditions de travail » dans les transports publics.

Saboteurs

Cela ne cadre donc pas avec l’accent mis par les chemins de fer belges sur la réduction du personnel et l’augmentation de la productivité, ni avec le démantèlement du statut par le gouvernement. Les wagons s’enchaînent : des conditions de travail dégradées signifient une pénurie encore plus grande de personnel ferroviaire, ce qui exclut une offre de trains plus élevée et de qualité, ce qui empêche le report modal et la durabilité du secteur des transports d’aboutir. Qui en paiera le prix ? Nous tous, avec plus de pollution et plus d’embouteillages. Dans ce sens, les grèves du personnel ferroviaire sont aussi un combat pour nous tous : voyageurs, contribuables, citoyens.

600 jours d’impasse politique, ça suffit!

Alors qu’elle s’apprête à franchir le cap des 600 jours sans gouvernement, la Région de Bruxelles-Capitale est plongée dans une impasse politique grave et inacceptable. La FGTB Bruxelles relaie la colère des 180 000 travailleuses et travailleurs qu’elle représente, face à une Région prise en otage par des blocages politiques persistants.

Cette crise n’est pas abstraite : elle produit de la casse sociale. Les services publics, les CPAS, les hôpitaux publics, les secteurs de la petite enfance, du handicap, de la santé mentale, de l’insertion socio-professionnelle, du logement, … – ainsi que le secteur associatif et le non-marchand sont directement fragilisés. Et les investissements indispensables dans ces secteurs essentiels sont sacrifiés.

Pour les Bruxelloises et les Bruxellois, les conséquences sont immédiates : services dégradés, délais qui s’allongent, soutiens abandonnés, précarité accrue et insécurité sociale renforcée. Chaque jour d’inaction politique creuse les inégalités, met des emplois en danger et dégrade les conditions de travail. Ce sont les travailleuses, les travailleurs et les publics les plus vulnérables qui paient la facture de cette paralysie politique.

La Région a un besoin urgent d’un budget, mais aussi de perspectives budgétaires claires et crédibles à moyen terme. Gouverner par douzièmes provisoires, prolonger indéfiniment les affaires courantes ou reporter les choix difficiles, c’est enfermer Bruxelles dans une impasse financière et institutionnelle qui compromet sa capacité à remplir ses missions essentielles.

La FGTB Bruxelles le dit clairement : Bruxelles n’a pas besoin d’un gouvernement de techniciens. Bruxelles a besoin d’hommes et de femmes politiques qui portent une vision politique ambitieuse pour la Région et qui assument pleinement leurs responsabilités. Il est temps de sortir des postures, des exclusives et des calculs partisans.

Nous refusons que Bruxelles soit traitée comme une variable d’ajustement, sacrifiée au nom de priorités communautaires ou fédérales qui ignorent sa réalité sociale, économique et démographique. Bruxelles est un moteur économique et social essentiel du pays. La gérer « à la petite semaine », sans vision ni cap politique, est une faute grave.

Enfin, nous rappelons un principe démocratique fondamental : la Région a besoin d’un gouvernement régional et d’ une déclaration de politique régionale qui respectent le vote des Bruxelloises et des Bruxellois. Prolonger cette situation d’impuissance politique, c’est nourrir le découragement démocratique, la défiance envers les institutions et le ressentiment social.

La FGTB Bruxelles appelle l’ensemble des responsables politiques, tous partis confondus, à un sursaut immédiat. Le courage politique aujourd’hui ne consiste pas à chercher un bouc émissaire mais à assumer un échec collectif et à construire une solution politique, démocratique et sociale, à la hauteur des enjeux.

Action en solidarité avec les travailleurs et travailleuses des chemins de fer

La résistance contre le gouvernement antisocial de l’Arizona se poursuit en 2026 ! 

Premier rendez-vous : une action le lundi 26 janvier, en solidarité avec les travailleurs et travailleuses des chemins de fer, qui se mobilisent en force cette semaine-là. Car qui s’attaque aujourd’hui aux chemins de fer s’attaquera demain à tous les services publics. Ce combat est aussi le nôtre !

Vous aussi, vous en avez assez de la casse sociale menée par l’Arizona ? Ensemble, inversons la tendance !

2026 sera une année de résistance sociale : plusieurs autres actions suivront, avant la grande manifestation du 12 mars !

Rendez-vous lundi 26 janvier, 10h, Place de l’Albertine à côté de la Gare Centrale, Bruxelles

Intelligence Artificielle et RGPD : 10 questions à poser au CE et au CPPT

L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus présente sur le marché du travail. Pour la FGTB, il est important que les représentants des travailleurs se penchent sur ce thème et sachent ce qui se passe (ou ne se passe pas) dans leur entreprise en matière d’IA. Grâce à ces 10 questions, vous disposerez des connaissances nécessaires.

Intelligence Artificielle et RGPD : 10 questions à poser au CE et au CPPT