Marche Climat : la FGTB mobilisée pour une transition juste
Ce dimanche 11 octobre, la FGTB a défilé dans les rues de Bruxelles aux côtés des nombreuses organisations de la société civile réunies au sein de la Coalition Climat.
Après un nouvel été marqué par des températures records, des incendies de forêt et des catastrophes climatiques, nous continuons d’exiger une politique climatique ambitieuse et socialement juste, à tous les niveaux de pouvoir.
« La justice climatique et la justice sociale sont les deux faces d’une même aspiration : vivre sans avoir peur de demain. L’été 2026 n’était qu’un avant-goût de ce qui nous attend. Le GIEC nous alerte depuis des décennies. L’inaction politique n’est pas une option », a rappellé Selena Carbonero Fernandez, secrétaire générale de la FGTB.
Pour la FGTB, la transition écologique ne peut pas se faire au détriment des travailleuses et des travailleurs. Elle doit s’accompagner d’investissements publics, d’une énergie abordable, de transports accessibles et d’emplois de qualité.
50.000 manifestant.tes dans les rues de Bruxelles. Et un message clair : PAS DANS NOS POCHES !
À l’appel de la FGTB, 50.000 manifestant.es ont défilé dans les rues de Bruxelles pour dire STOP aux politiques d’austérité du gouvernement Arizona et des gouvernements des entités fédérées. Une mobilisation marquée par la présence de très nombreux jeunes, élèves, étudiant·es et enseignant·es.
Un message clair : ce n’est pas dans nos poches que vous trouverez les milliards pour boucler votre budget !
Pas touche à l’indexation des salaires ! Non à l’augmentation de la TVA ! Non à la flexibilité imposée et à l’annualisation du temps de travail !
Allez chercher l’argent là où il se trouve : du côté des grandes fortunes, des revenus du capital et des profits des grandes entreprises !
Ce 9 octobre est un premier avertissement. Si le gouvernement Arizona touche à l’indexation des salaires, augmente la TVA ou impose l’annualisation du temps de travail, la FGTB annonce une grève générale durant la semaine du 23 novembre.
La mobilisation continue !
Retour en images sur la manifestation :
Dans une lettre ouverte, FGTB et CSC Bruxelles mettent trois alternatives sur la table du conclave budgétaire
À l’approche du conclave budgétaire de ce week-end, la FGTB Bruxelles et la CSC Bruxelles adressent une lettre ouverte aux membres du gouvernement bruxellois. Face à une trajectoire d’austérité qui fait reposer l’essentiel de l’effort sur les dépenses, les deux organisations syndicales mettent trois alternatives concrètes sur la table : une fiscalité immobilière plus juste et progressive, une réforme des droits de succession et de donation et un réexamen des niches fiscales. Elles demandent au gouvernement de les analyser, de les chiffrer et d’en mesurer le potentiel budgétaire.
LETTRE OUVERTE AUX MEMBRES DU GOUVERNEMENT BRUXELLOIS
Budget bruxellois : nous mettons des alternatives sur la table, nous vous demandons de les analyser
Monsieur le Ministre Président,
Madame et Messieurs les Ministres,
Mesdames les Secrétaires d’État,
À la veille d’un conclave budgétaire important pour Bruxelles, les discours alarmistes se multiplient. La situation budgétaire serait à ce point grave que, face à la hausse des taux d’intérêt et au niveau de la dette, il faudrait agir vite et très fort. À entendre certains, il n’y aurait d’ailleurs tout simplement pas d’alternative : couper plus encore dans les dépenses serait inévitable.
Soyons clairs : la situation budgétaire de Bruxelles est sérieuse. Le déficit est important, la dette augmente et avec elle les intérêts que doit payer la Région aux banques et aux marchés financiers pèsent de plus en plus sur les moyens disponibles pour mener d’autres politiques publiques à Bruxelles. Une trajectoire de redressement est nécessaire. Mais reconnaître cette réalité ne signifie pas accepter n’importe quelle réponse.
Votre gouvernement a fait un choix dans sa déclaration de politique régionale et érigé depuis en totem au fil des discussions budgétaires : revenir à l’équilibre dès 2029 et faire reposer 80 % de l’effort sur des réductions de dépenses.
Cela représente plus de 300 millions d’euros d’efforts supplémentaires chaque année. Ce n’est pas seulement une décision comptable. C’est un choix politique, tant dans son rythme que dans la répartition de l’effort. Un choix qu’il importe aujourd’hui plus que jamais de remettre en question, face à l’évolution de la conjoncture économique internationale et au défi de la remise à l’emploi des Bruxellois dans un contexte marqué par les exclusions du chômage.
Bruxelles n’est pas la Grèce
Pour justifier cette austérité, d’aucuns agitent le spectre d’une crise financière incontrôlable. Le parallèle avec la Grèce est même régulièrement convoqué. Il ne correspond pas à la situation actuelle.
Bruxelles continue à se financer. Fin août, la Région disposait de 1,25 milliard d’euros de lignes de crédit auprès de quatre prêteurs différents. L’étude de l’Institut Athena[1] montre que Bruxelles ne connaît pas aujourd’hui la dynamique d’une dette devenue incontrôlable et n’est pas confrontée à une crise de financement.
Nous ne disons pas qu’il ne faut rien faire. Mais il faut agir sans confondre urgence et précipitation. Nous avons encore le choix du rythme, de la répartition de l’effort et des moyens utilisés pour redresser les finances bruxelloises.
À force de couper, on risque de casser ce qui fait fonctionner Bruxelles
Car l’austérité a aussi un coût. Elle se traduit déjà très concrètement. Entre janvier et juillet 2026, les administrations régionales ont perdu 517 équivalents temps plein. Et ce n’est qu’un début : votre trajectoire gouvernementale prévoit une réduction de 1.800 ETP d’ici la fin de la législature.
Dans le même temps, hub.brussels doit économiser environ 16 millions d’euros et a fermé 14 de ses 33 bureaux à l’étranger. visit.brussels doit économiser quelque 5,7 millions et a déjà perdu 37 ETP sur 159.
Le non-marchand n’est pas épargné. Près de 33 millions d’euros d’économies y ont déjà été réalisées en 2025. Et les politiques d’emploi sont appelées à contribuer à hauteur de 55 millions en 2027, 65 millions en 2028 et 75 millions en 2029.
C’est là que votre raisonnement purement comptable atteint ses limites.
Moins d’investissements publics, c’est potentiellement moins d’activité et d’emplois. Moins d’emplois et de revenus, c’est moins de consommation dans les commerces, l’Horeca, la culture et l’économie locale. Affaiblir la formation, l’accompagnement vers l’emploi, les transports ou le logement, c’est aussi détériorer les conditions nécessaires au développement économique de Bruxelles.
Nous vous rappelons ici ce qu’affirme l’ensemble des interlocuteurs sociaux de Brupartners : « Le sous-investissement et la fragilisation des services publics et du secteur non-marchand constitue un risque économique important, en ce qu’il accroît les inégalités d’accès à l’emploi, renforce les pénuries de main-d’œuvre et pèse sur la productivité globale. Brupartners estime dès lors qu’un plan de redéploiement économique crédible ne peut faire l’impasse sur des services publics et des missions d’intérêt général de qualité et correctement financés, ceux-ci devant être considérés comme des leviers à part entière de compétitivité, de résilience économique et de cohésion sociale. »
On ne peut pas prétendre renforcer l’attractivité et l’activité économique de Bruxelles tout en affaiblissant les outils qui doivent précisément y contribuer.
Dans le même temps, votre gouvernement diminue ses recettes
La contradiction est d’autant plus difficile à comprendre que, parallèlement aux économies annoncées, votre gouvernement prévoit de nouvelles dépenses fiscales et des réductions de recettes.
Baisse de l’IPP régional, doublement de la prime Be Home, nouveaux incitants fiscaux aux entreprises : ces mesures sont présentées comme des instruments d’attractivité.
Mais leur efficacité est loin d’être établie. L’Inspection des finances estime notamment qu’une baisse de 1 % de l’IPP est trop faible pour produire un effet significatif sur le pouvoir d’achat et la rétention de la classe moyenne à Bruxelles[2]. Surtout, vos choix ont un coût budgétaire : la baisse de l’IPP et la dépense fiscale supplémentaire liée à Be Home représentent ensemble près de 90 millions d’euros pour le budget régional. Autant de millions qu’il faut ensuite aller chercher ailleurs pour atteindre l’objectif de retour à l’équilibre. L’effort demandé aux Bruxelloises et aux Bruxellois est donc artificiellement alourdi par des choix politiques malvenus qui consistent à réduire les recettes de la Région au moment même où votre gouvernement invoque le déficit pour justifier de nouvelles économies.
On ne peut pas demander que chaque euro consacré aux services publics, au non-marchand ou à l’emploi soit justifié et considérer parallèlement certaines dépenses fiscales comme intouchables simplement parce qu’elles figurent dans l’accord de gouvernement. La même exigence d’efficacité doit s’appliquer à chaque euro public.
Surtout, raconter l’histoire des finances bruxelloises uniquement à travers l’augmentation des dépenses donne une vision incomplète de la situation.
L’étude Athena estime que, si les recettes avaient simplement conservé en 2024 le même poids dans l’économie qu’en 2016, Bruxelles aurait disposé de 751 millions d’euros supplémentaires.
Elle pointe également un sous-financement structurel de Bruxelles estimé à environ 1,8 milliard d’euros, lié notamment aux fonctions particulières que la Région assume comme capitale belge, européenne et internationale.
Si le problème vient à la fois des dépenses, des recettes et du financement structurel de Bruxelles, pourquoi faire reposer quatre cinquièmes de son redressement sur les seules dépenses ?
Nous mettons des alternatives sur la table du gouvernement
Critiquer la trajectoire choisie par votre gouvernement ne suffit pas. Nous, CSC et FGTB Bruxelles, avançons aussi des alternatives concrètes et vous demandons de les analyser sérieusement dans le cadre de ce conclave budgétaire.
1. Une fiscalité immobilière plus juste et plus progressive
Notre première piste consiste à réformer la fiscalité immobilière pour la rendre plus juste et plus progressive. Il ne s’agit pas de s’en prendre au petit propriétaire qui loue un appartement pour compléter ses revenus ou sa pension. À Bruxelles, la moitié des logements loués sont mis en location par des bailleurs qui ne possèdent qu’un ou deux logements.
Mais le patrimoine immobilier locatif est aussi fortement concentré : 30 % des logements loués à Bruxelles sont détenus par des propriétaires qui mettent plus de 5 logements en location. Certains en possèdent dix, vingt, trente ou davantage[3].
Cette concentration se retrouve également dans les revenus : 48 % des logements loués appartiennent à des bailleurs issus des 30 % de revenus les plus élevés. Un tiers appartient aux 20 % de revenus les plus élevés[4].
Il est donc possible de protéger les propriétaires occupants et les petits bailleurs tout en faisant davantage contribuer les patrimoines immobiliers importants. Cela passe notamment par une fiscalité qui tienne mieux compte de la valeur des biens et du nombre de propriétés détenues, plutôt que de continuer à reposer sur un revenu cadastral largement dépassé.
Cette réforme doit évidemment aller de pair avec un encadrement des loyers afin d’éviter qu’une hausse de la fiscalité soit simplement répercutée sur les locataires.
2.Faire davantage contribuer les transmissions patrimoniales importantes
Notre deuxième piste consiste à revoir la fiscalité des successions et des donations afin de faire davantage contribuer les transmissions patrimoniales importantes. Aujourd’hui, les personnes disposant des patrimoines les plus importants disposent aussi de davantage de possibilités pour en organiser la transmission dans des conditions fiscales avantageuses.
3. Revoir les niches fiscales qui n’ont pas démontré leur efficacité
Enfin, nous demandons au gouvernement de passer en revue l’ensemble des niches fiscales régionales et de supprimer ou réorienter celles dont l’efficacité n’est pas démontrée. Si chaque euro consacré aux services publics, au non-marchand ou aux politiques d’emploi doit être justifié, il n’y a aucune raison que les dépenses fiscales échappent à la même exigence.
Ces trois pistes répondent à une même logique : faire davantage contribuer les grands patrimoines plutôt que de faire porter l’essentiel de l’effort budgétaire sur les travailleuses et travailleurs, les services publics et le non-marchand.
Nous vous demandons d’analyser et de chiffrer ces alternatives
Nous ne prétendons pas que ces trois mesures permettront, à elles seules, de résoudre la situation budgétaire de Bruxelles. Il n’existe pas de mesure miracle.
Mais la trajectoire choisie par votre gouvernement est contre-productive : en affaiblissant l’emploi, l’investissement et le pouvoir d’achat, elle fragilise aussi les recettes dont Bruxelles a besoin pour redresser ses finances.
La situation financière de Bruxelles impose des choix. Mais elle n’impose pas les choix actuellement faits par votre gouvernement.
Nous mettons aujourd’hui trois alternatives concrètes sur la table. Nous vous demandons de les analyser, de les chiffrer et d’en mesurer le potentiel budgétaire, avec la même exigence que celle appliquée aux économies demandées aux services publics, au non-marchand ou aux politiques d’emploi.
Nous vous demandons donc de les intégrer pleinement au débat budgétaire.
Nous nous tenons à votre disposition pour approfondir ces propositions et en discuter avec vous dans le cadre des travaux budgétaires en cours.
[2] Conclusion de l’avis de l’Inspection des finances du 26 mai 2026 sur l’avant-projet d’ordonnant portant diminution de la taxe additionnelle régionale sur l’impôt des personnes physiques : « Etant donné – sa part de 12,4 % dans l’effort budgétaire global de 2026-2029, – son faible effet retour attendu et – le risque à terme pour la Région de devoir compenser les communes,
l’Inspection des Finances s’interroge sur l’opportunité de la mesure proposée.
Si le coût de la mesure (c. 60.000.000 EUR/an) est compensé par une réduction des dépenses, il y a lieu de s’assurer que ce n’est pas au détriment de mesures dont l’impact économique serait plus positif pour le budget et l’économie régionale (telles des dépenses d’investissement, de soutien à la recherche ou à l’initiative économique). Si le coût de la mesure devait être compensé par une hausse de recettes due à une meilleure perception, le gouvernement pourrait aussi tout simplement renoncer à cette mesure d’un rendement si faible et réduire d’autant l’effort budgétaire global. Aussi, l’Inspection des Finances remet un avis NEGATIF sur la proposition. »
Pensions : jusqu’où le gouvernement Arizona va-t-il encore oser aller ?
Les pensions belges sont déjà parmi les moins élevées d’Europe par rapport aux revenus du travail. Et pourtant, le gouvernement Arizona continue de les prendre pour cible. Baisse des pensions, malus, petites pensions et femmes davantage touchées, métiers lourds laissés sur le carreau… Dans une carte blanche, Jef Maes décortique l’impact des réformes et des économies déjà décidées. Et alors que de nouvelles économies sont évoquées, il pose un constat clair : dans les pensions, il n’y a plus rien à aller chercher.
Économies – Il n’y a plus rien à aller chercher dans les pensions
Une carte blanche de Jef Maes, ancien secrétaire fédéral de la FGTB.
Il ressort du Pension Adequacy Report de la Commission européenne qu’en Belgique, une personne pensionnée conserve en moyenne 48 % de son ancien revenu. La moyenne européenne est de 58 %, soit 10 points de pourcentage de plus. À cela s’ajoutent les récentes économies décidées par le gouvernement De Wever. Et aujourd’hui, au moment de confectionner le budget, le Premier ministre estime qu’il y aurait encore davantage à aller chercher du côté des pensions.
Selon le Comité d’étude sur le vieillissement, deux tiers de l’augmentation des dépenses de pensions prévue d’ici 2070 – soit 1,4 % du PIB, ou environ 10 milliards d’euros – ont déjà été supprimés. Les autres dépenses sociales diminuent également. À l’exception des soins de santé, où l’augmentation des dépenses devrait encore atteindre 2,1 % du PIB, soit environ 15 milliards d’euros.
Alors même que nous travaillerons plus longtemps, la réforme Jambon (N-VA) aura pour conséquence qu’à terme, les pensions diminueront de 13 % par rapport aux revenus moyens du travail. « Du point de vue de la soutenabilité sociale, cela indique un risque progressif de voir le niveau de vie des pensionnés prendre du retard par rapport à celui de la population active », souligne le Comité d’étude sur le vieillissement.
Selon le Bureau du Plan, à long terme, les fonctionnaires verront leur pension diminuer de 15,2 % par rapport à leur ancien revenu, les salariés de 7,3 % et les indépendants de 3,2 %. Si les adaptations au bien-être ne sont pas réintroduites après cette législature, les pensions des salariés pourraient même diminuer d’un quart.
Les femmes particulièrement touchées
Un élément frappant de cette réforme est que ce sont surtout les pensions les plus basses qui seront mises à contribution. D’ici 2070, les pensions les plus faibles diminueront de 12,1 %, soit plus du double de la baisse des pensions les plus élevées, qui reculeront de 5,7 %. Jusqu’à présent, les pensions les plus basses étaient généralement épargnées.
La pension moyenne des femmes diminuera de 6,6 %, contre 5,8 % pour les hommes. Le malus pension touchera particulièrement les femmes : 37 % d’entre elles seront concernées, contre 14 % des hommes. Cela s’explique par le fait que les femmes assument davantage de tâches de soins et atteignent donc plus difficilement les 45 années de travail à au moins mi-temps nécessaires pour éviter le malus.
Plusieurs mesures qui toucheront presque exclusivement les femmes sont encore en préparation et ne sont donc pas encore prises en compte dans ces chiffres. Il s’agit notamment de la réduction progressive de la pension de conjoint divorcé et de la pension de survie, ainsi que de la pension au taux ménage de 75 %.
Les catégories professionnelles qui s’étaient le plus fortement mobilisées lors de la première manifestation de janvier 2025 – les enseignants, les pompiers et la police – pourront encore partir à la pension un an plus tôt. Il s’agit d’une décision purement électorale. Avec l’augmentation de son budget de la Défense, le ministre Francken (N-VA) a joué à Saint-Nicolas : il a accordé une augmentation salariale aux militaires et leur a permis de partir à la pension deux ans plus tôt.
Pour les ouvriers exerçant un métier lourd, les personnes travaillant en équipes, les travailleurs de nuit, les ouvriers de la construction, le personnel roulant des chemins de fer soumis à des horaires difficiles et les personnes ayant derrière elles une longue carrière de 40 années à temps plein, il ne reste plus rien.
Auparavant, ces travailleurs bénéficiaient encore d’exceptions et pouvaient, jusqu’il y a peu, accéder au régime de chômage avec complément d’entreprise dès 60 ans. Cette fois, ils n’ont pas réussi à se faire suffisamment entendre et aucune exception n’est prévue pour eux. Pas même pour les ouvriers qui travaillent en permanence en équipes successives.
Cette fois, il n’y a eu aucune concertation sociale sur cette question. Une faute du gouvernement, et l’une des raisons pour lesquelles la mobilisation syndicale se poursuivra.
Défendons les emplois ACS et le tissu associatif bruxellois
La FGTB Bruxelles cosigne la carte blanche publiée dans Le Soir aux côtés de plus de 200 associations et organisations bruxelloises pour défendre les emplois ACS et le tissu associatif.
La carte blanche
A Bruxelles, 5. 600 emplois d’Agents contractuels subventionnés (ACS), financés par la Région, permettent à des centaines d’associations d’assurer des missions essentielles et offrent des emplois durables et de qualité à des Bruxellois·es. Il y a quelques mois encore, il était question de réduire le budget des ACS et de ne plus l’indexer. Ce projet d’économies linéaires a été stoppé. Aujourd’hui, le gouvernement régional engage un « monitoring » du dispositif en vue de son « évaluation ».
Associations, organisations, travailleuses et travailleurs du secteur associatif bruxellois, nous sommes inquiet·es de cette dynamique, dans un contexte de dégradation de nos conditions d’activité. Nous appelons à défendre ce dispositif, les emplois qu’il finance et l’autonomie associative qu’il rend possible.
Des emplois et des actions au cœur de la vie sociale
Le dispositif ACS finance, au titre du soutien à l’emploi dans le secteur non marchand, plus de cinq mille emplois dans des centaines d’associations bruxelloises. Il leur permet d’assurer des missions très diverses : petite enfance, aide aux personnes âgées ou en situation de handicap, santé mentale, alphabétisation, insertion socioprofessionnelle, culture… Puériculteur·rices, éducateur·rices, animateur·rices, travailleur·euses sociaux·ales, formateur·rices, employé·es et cadres y rendent chaque jour des services essentiels. Ces emplois sont devenus structurels pour de nombreuses associations et souvent indispensables à leurs missions de base, tout en leur permettant de répondre à des besoins plus larges exprimés par leurs publics. Transversal et durable, ce soutien à l’emploi ne s’inscrit pas dans les cadres nécessairement plus délimités des politiques sectorielles, qu’il renforce souvent. Il laisse ainsi une marge d’initiative aux associations : cette liberté permet à l’action associative d’être plus que l’exécution d’une mission strictement cadrée par un pouvoir public.
Pour celles et ceux qui les occupent, les emplois ACS offrent ce que trop peu de mesures d’aide à l’emploi garantissent : un CDI, le respect des barèmes, une stabilité de financement permettant une véritable carrière et la reconnaissance de l’ancienneté. Cette stabilité n’est pas un dysfonctionnement : elle permet aussi aux associations de construire, avec leurs équipes, une expertise et une continuité de service dans la durée.
Les emplois ACS sont particulièrement nécessaires à Bruxelles. En 2025, 23 % de la population bruxelloise vit sous le seuil de risque de pauvreté et 9,6 % des travailleur·euses sont pauvres, soit le taux le plus élevé du pays. Les associations sont en première ligne face aux fractures économiques, sociales et culturelles. Déstabiliser le secteur associatif, c’est fragiliser davantage des publics déjà précaires et faire reculer la qualité de l’emploi dans le secteur non marchand.
Un « monitoring » qui pourrait préparer des remises en cause
Dans ce contexte, nous sommes inquiets de la démarche du gouvernement bruxellois. En juillet, le ministre de l’Emploi, M. Hublet (Les Engagés), a fait adresser aux associations un questionnaire portant sur leurs activités, agréments, financements, publics et profils ACS, mais qui reste éloigné des réalités de terrain. Les courriers parlent d’un « monitoring approfondi », d’un « état des lieux », d’un « diagnostic commun et objectivé » et d’une future « évaluation ». Les finalités de la démarche et le statut des réponses recueillies restent cependant peu explicites.
Trois fois le mot « objectivé » revient sous la plume du ministre, pas une fois la question de nos besoins. Cette absence de clarté inquiète d’autant plus que, dans d’autres circonstances, la majorité régionale ou certains de ses membres ont publiquement évoqué un objectif d’économie budgétaire ou un « recentrage » sur des « missions premières » des emplois ACS. Une telle orientation pourrait conduire à sectorialiser leur financement ou leur gestion, ou à les réorienter vers une logique d’activation des 100. 000 demandeurs d’emploi inoccupés bruxellois. Si ces idées guidaient une réforme, elles changeraient la nature de ces emplois. Le dispositif ACS est – et doit rester – un outil de mise à l’emploi durable et transversal des Bruxellois·es dans le secteur non marchand. Il ne peut servir à financer d’autres dispositifs sectoriels ou d’activation. Un emploi ACS n’est pas un sas vers autre chose. C’est un métier.
Cette perspective « d’évaluation » intervient alors que le secteur associatif est affaibli par un contexte social difficile et par des décisions prises à différents niveaux de pouvoir : diminution ou non-renouvellement de subventions, blocage ou limitation de leur indexation, mesures fiscales défavorables… Restreindre le dispositif ACS déstabiliserait les associations, leurs actions et leurs publics. Supprimer un emploi ACS, ce n’est pas mieux gérer. C’est fragiliser une association et le service rendu au public, faire reculer la qualité de l’emploi et rétrécir l’espace d’une action collective autonome.
Nous avons besoin de soutien, pas de réforme
Nous demandons au gouvernement bruxellois de soutenir le dispositif ACS ainsi que le secteur associatif et de renoncer à toute réforme de celui-ci. Le questionnaire ne pose aucune question sur les difficultés réelles des associations, la dégradation des conditions de travail ou les moyens d’y remédier. Nous ne contestons pas le principe d’un suivi ou d’une connaissance actualisée du dispositif. Nous refusons en revanche qu’il devienne le premier pas vers un « recentrage » faisant basculer ce dispositif de soutien durable à l’emploi associatif dans une logique de contrôle accru et de restructuration. Le secteur associatif a besoin de soutien, de stabilité et d’emplois de qualité.
L’avenir de notre contribution à la cohésion sociale et démocratique est en jeu. Les associations comme leurs travailleuses et travailleurs sont légitimes à prendre part au débat : leur expérience leur donne une connaissance des apports, contraintes et besoins du dispositif. Celui-ci appartient à l’histoire du secteur associatif comme à celle des milliers de personnes qui y ont construit leur vie professionnelle. Son avenir ne peut être décidé sans celles et ceux qui le font vivre.
Les signataires
210 associations :
ABEF asbl (Association Bruxelloise d’Entraide et de Formation) ; Action et Recherche Culturelles (ARC) ; ADDE – Association pour le Droit des Étrangers ; Adeppi asbl ; Agence Immobilière Sociale « Le Nouveau 150 » ; Agir pour la Paix asbl ; Aimer Jeunes – Centre de planning familial ; AISB (Agence Immobilière Sociale de Bruxelles) ; Alias asbl ; AMOS AMO ; APEDAF ; APRES asbl ; Arts&Publics ; Asbl ANAIS – SSM ; Asbl Antenne Tournesol (maison médicale) ; asbl CIFA ; ASBL Crèche Saint-Antoine ; Asbl Décalage ; ASBL La Trace ; ASBL Le Ballon Rouge ; ASBL Le Blé en Herbe ; ASBL le Pélican ; ASBL les Jeunes Jardiniers ; ASBL Les P’tits Créatifs ; Asbl TALITA (+ Yemaya) ; ASE Anneessens (Association Sportive et Éducative) ; ATD Quart Monde Wallonie-Bruxelles ASBL ; Atelier des Droits Sociaux (ADDS) ; Atelier des Petits Pas asbl ; Ateliers du Soleil Asbl ; Avello – Le mouvement vélo ; AWSA-Be (Arab Women’s Solidarity Association – Belgium) ; Badje ASBL ; Banlieues asbl ; Bouillon de Cultures ASBL ; Bruxelles-J ; CABAN-DIBAC (Collectif des Acteurs Bruxellois de l’Accessibilité Numérique) ; CARIA asbl ; CEDAS ASBL ; CEFIG ; Centre Anderlechtois de Formation (CAF) asbl ; Centre Avec asbl ; Centre Benenzon Belgique ; Centre Bruxellois d’Action Interculturelle (CBAI) ; Centre d’Appui Bruxellois (CAB) ; Centre de Formation 2mille (CF2mille) ASBL ; Centre Familial Belgo-Immigré (CFBI) ; Centre Féminin d’Éducation Permanente (CFEP) ; Centre Lui et Nous asbl ; Centre Marollien de Formation par le Travail (CMFT asbl) ; CFA – Centre de Formation d’Animateurs ; ChanGements pour l’égalité (CGé) asbl ; Chez Nous – Bij Ons vzw/asbl ; CIRÉ asbl (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers) ; Collectif 1984 asbl ; Collectif Alpha asbl ; Collectif Formation Société asbl ; Collectif solidarité contre l’exclusion asbl ; Comité de la Samaritaine ; Commission Justice & Paix asbl ; Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB) ; Continuing Care asbl ; Convivial (Convivium asbl-vzw & Convivialités asbl) ; Culture & Démocratie asbl ; Cultures&Santé asbl ; CyCLO asbl ; Dar Al Amal ; DUNE ; Entr’Aide des Marolles ; Entraide Bruxelles ; Esenca asbl ; Espace P… asbl ; Espace Social Télé-Service ; Ex Aequo asbl ; FAPEO (Fédération des Parents et des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel) ; FASS (Fédération des Associations Sociales et de Santé) ; Ferme Nos Pilifs ; FFSB – Fédération Francophone des Sourds de Belgique ASBL ; Fobagra auberges numériques asbl ; Folioscope asbl ; Fondation Info-Türk ; Formation Léon Lesoil (asbl d’éducation permanente) ; Foyer des jeunes asbl ; Foyer vzw ; FPS-SVV Brabant asbl ; féda bxl (Fédération bruxelloise des institutions spécialisées en matière de drogues et addictions) ; Fédération Bruxelloise des Entreprises de Travail adapté (FEBRAP) ; Fédération Bruxelloise Unie pour le Logement (FéBUL) ; Fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial (FCPPF) ; Fédération des Institutions de Prévention Educative (FIPE) ; Fédération des maisons médicales (FMM) ; 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Mission Locale pour l’Emploi de Saint-Gilles (MLSG) ; Molenbeek Vivre Ensemble – MOVE ASBL ; Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) ; MOVE asbl – Molenbeek Vivre Ensemble ; MRAX ASBL (Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie) ; Natagora ; Oxfam-Magasins du monde ; PAG-ASA asbl/vzw ; Partenariat Marconi asbl ; Periferia AISBL ; Plateforme francophone du Volontariat asbl ; Proforal ASBL ; Prospective Jeunesse asbl ; Présence et Action Culturelles asbl (PAC) ; Question Santé ASBL ; Quinoa asbl ; Rencontre des Continents asbl ; Repères ASBL ; Rizome (rizome-bxl.brussels) ; Saint-Jazz-Ten-Noode ; Samarcande ; Schaerbeek Action Emploi Asbl (SAE) ; Service de Santé Mentale Wolu-Psycho-Social (WOPS) ; Service Laïque d’Aide aux Justiciables et aux Victimes (SLAJ-V) ; Service Social Juif (CASG) ; SeTIS Bruxelles asbl ; SIMA asbl ; Smala Cinéma – Cinedit asbl ; SMES-B ; Sofélia ; Soralia ; Source ASBL ; SSM Champ de la Couronne ; SSM Le Méridien ASBL ; SSM Sectorisé Forest, Uccle, Watermael-Boitsfort ; Starting-Block asbl ; STICS asbl ; Théâtre de la Parole ; Théâtre de la Vie ; Théâtre des Martyrs asbl ; Théâtre Marni asbl ; Travail et Coopération asbl ; Télé-Accueil Bruxelles ; Union des Locataires Marollienne asbl (ULM) ; Union des Locataires Quartier Nord (ULQN) ; UPJB (Union des Progressistes Juifs de Belgique) ; Victoire98 asbl ; Vie Féminine asbl ; Wolu-Services ; Youplaboum asbl ; Zorobabel ; Âges et Transmissions asbl.
157 travailleurs et travailleuses associatifs à titre individuel.
Fédérer pour résister
Face à la banalisation des idées d’extrême droite et aux attaques contre nos droits fondamentaux, la vigilance démocratique est plus que jamais nécessaire.
C’est l’ambition de FUTURS – Fédérer pour résister, un nouvel espace pluraliste et indépendant qui rassemble des personnalités issues du monde syndical, associatif, culturel, académique, juridique et des médias.
Son objectif : observer, alerter et mobiliser face aux discours et aux politiques qui fragilisent la démocratie, les droits humains et les solidarités.
Annulation partielle de certaines dispositions de la réforme du chômage
La réforme du chômage du gouvernement Arizona a frappé durement des milliers de travailleuses et travailleurs sans emploi. Face à cette réforme antisociale, les syndicats ont introduit un recours devant la Cour constitutionnelle. Et ce recours a permis d’obtenir une première victoire.
Dans son arrêt du 10 septembre 2026, la Cour constitutionnelle a estimé que les personnes touchées par les premières vagues d’exclusion n’avaient pas bénéficié d’un délai suffisant avant de perdre leurs allocations de chômage.
Êtes-vous concerné·e ?
Si vous avez perdu vos allocations de chômage le 1er janvier 2026, le 1er mars 2026 ou le 1er avril 2026, vous pourriez être concerné·e par cette décision.
Que se passe-t-il maintenant ?
Nous sommes actuellement dans l’attente des modalités concrètes qui permettront d’identifier les personnes concernées et de régulariser leur situation.
La FGTB met tout en œuvre pour que ces régularisations interviennent le plus rapidement possible et vous informera dès que les modalités précises seront connues.
Que devez-vous faire ?
Aucune démarche ne doit être entreprise pour le moment. Nous vous informerons dès que les modalités précises seront connues et que nous pourrons déterminer si vous êtes concerné·e.
Votre syndicat reste à vos côtés pour faire respecter vos droits
Et notre combat ne s’arrête pas là : la FGTB poursuit son action contre cette réforme injuste et continuera à défendre une assurance-chômage qui protège réellement les travailleuses et les travailleurs.
24 septembre : les syndicats mobilisés contre « EU Inc. »
Jeudi, nous étions à Schuman avec les syndicats venus de toute l’Europe pour défendre les droits des travailleuses et des travailleurs.
Derrière la « simplification » promise par EU Inc., le risque est bien réel : encourager le dumping social et mettre en concurrence les droits et les protections des travailleurs en Europe.
Notre message reste clair : la compétitivité ne peut pas se construire au détriment de nos droits.
Retour en images sur la mobilisation du 24 septembre :
Du gouvernement Michel à l’Arizona : la stratégie du « starve the beast » continue
Réduire les recettes de l’État et de la sécurité sociale, laisser les déficits se creuser, puis invoquer ces déficits pour justifier de nouvelles économies : dans une carte blanche publiée dans De Morgen, Jef Maes, ancien secrétaire fédéral de la FGTB, décrypte une stratégie politique qui, selon lui, est à l’œuvre depuis le gouvernement Michel et se poursuit aujourd’hui avec l’Arizona.
Déficit budgétaire – Un excellent exemple de la stratégie « starve the beast »
Une carte blanche de Jef Maes, ancien secrétaire fédéral de la FGTB, publiée dans De Morgen.
Une séquence télévisée reste gravée dans ma mémoire. Dans un moment d’inattention, Bart De Wever y reconnaissait que le déficit budgétaire actuel avait été délibérément organisé.
Cela s’est produit sous le gouvernement Michel, dominé par la N-VA et les libéraux, qui a accordé aux entreprises un cadeau fiscal et parafiscal de pas moins de 12 milliards d’euros, sans prévoir de recettes compensatoires.
L’impôt sur les bénéfices des entreprises a ainsi été ramené de 33 à 25 %. Les cotisations patronales ont également été réduites, de 32 à 25 %. C’est ce qu’on a appelé le « tax shift ».
« Il est exact que le tax shift n’est pas suffisamment financé. On a délibérément choisi de ne pas tout prendre en compte. À terme, cela impose une logique infernale d’économies et conduit donc à s’attaquer aux dépenses publiques là où elles se trouvent encore : dans la sécurité sociale », déclarait De Wever au site d’information Newsmonkey en 2017.
Contraindre les gouvernements futurs à réaliser des économies dans la sécurité sociale était donc l’objectif ultime.
Le gouvernement Vivaldi, composé des socialistes, libéraux, écologistes et du CD&V, n’est pas tombé dans le piège. Ce qu’il a consacré, à juste titre, à l’augmentation de la pension minimum – environ 3 milliards d’euros – n’était toutefois qu’une fraction des 12 milliards précédemment offerts aux entreprises.
Cet argent a en outre été bien dépensé puisque, pour la première fois depuis que ces statistiques sont établies, le taux de pauvreté a fortement diminué, pour atteindre 10,9 %.
Ce que peu de gens savent, c’est que De Wever avait par ailleurs accepté ces mêmes améliorations sociales dans le préaccord de Vollezele conclu avec Paul Magnette (PS), en échange d’une poursuite de la régionalisation. Ce préaccord a été bloqué par les libéraux et les écologistes, mais ses corrections sociales ont ensuite été reprises sous Vivaldi.
Un sacré culot
Ce même De Wever, qui avait délibérément mis à mal les finances publiques sous le gouvernement Michel avant d’accepter ensuite l’augmentation des minima sociaux, a réussi, pendant la campagne électorale de 2024, à faire porter entièrement au gouvernement Vivaldi la responsabilité du « pourrissement » des finances publiques. Il fallait oser. Et réussir à le faire croire.
En fin de compte, son gouvernement Arizona fera ce qui constituait déjà l’objectif il y a dix ans : réaliser de lourdes économies dans la sécurité sociale. Et De Wever parvient, dans le même temps, à se présenter comme le « sauveur de la patrie ». Un excellent exemple de la stratégie du starve the beast[1], qui est d’ailleurs toujours à l’œuvre.
Car tandis qu’on dramatise autour des 10 milliards d’euros d’économies qu’il faudrait aujourd’hui trouver, ce gouvernement a encore accordé 2,3 milliards d’euros de cadeaux aux entreprises, sans même compter les flexi-jobs bon marché et les heures supplémentaires. Parallèlement, des milliards supplémentaires sont dégagés pour la défense ainsi que pour des réductions d’impôts qui ne sont pas financées.
Pourtant, nous avons déjà connu cela. Après que les gouvernements Martens et Dehaene eurent résorbé un déficit budgétaire qui atteignait pas moins de 17 %, la Belgique disposait, à la fin des années 1990, d’un excédent budgétaire structurel suffisant pour absorber les futurs surcoûts liés au vieillissement de la population. Dehaene y était d’ailleurs parvenu en combinant économies et nouvelles recettes. J’ai moi-même participé à l’organisation des grèves contre le Plan global de Dehaene en 1993, mais je dois l’admettre : comparé à la trajectoire suivie aujourd’hui par l’Arizona, ce plan était un modèle d’équilibre.
Le gouvernement Verhofstadt, coalition libérale-socialiste-écologiste, a cependant dilapidé cet excédent budgétaire. Dans le livre Een open boek – 8 jaar Verhofstadt (« Un livre ouvert – 8 années Verhofstadt »), ses auteurs se vantent d’avoir réduit les impôts fédéraux de 10,4 milliards d’euros, dont une part importante au bénéfice des entreprises. Dans ses tableaux budgétaires, Luc Coene, chef de cabinet de Verhofstadt, tablait sur d’énormes « effets retour ». Plus tard, devenu gouverneur de la Banque nationale, Coene allait devenir l’un des principaux défenseurs de l’allongement des carrières et des économies dans la sécurité sociale. À la fin du gouvernement, le ministre du Budget Vande Lanotte (Vooruit) a vendu des bâtiments publics, pour ensuite les reprendre en leasing auprès d’investisseurs privés.
En fin de compte, les néolibéraux sont parvenus, cette fois encore, à appliquer leur stratégie du starve the beast : réduire à ce point les recettes de l’État que les gouvernements suivants, quelle que soit leur composition, soient contraints de réaliser des économies.
Même le rédacteur en chef de Trends a dû reconnaître, dans son dernier livre, que les gouvernements de centre gauche Dehaene et Di Rupo avaient réalisé davantage d’économies que les gouvernements de droite dominés par les néolibéraux.
Que ces épisodes de notre histoire politique servent de miroir au débat budgétaire actuel, dans lequel, une fois encore, peu de choses seront ce qu’elles paraissent être.
[1]« affamer la bête », stratégie politique qui vise à réduire volontairement les recettes de l’État afin de créer une contrainte budgétaire qui servira ensuite à justifier la réduction des dépenses publiques.
La FGTB met en garde le gouvernement et annonce son plan d’action
La FGTB adresse un avertissement clair au gouvernement : les travailleurs et travailleuses ne paieront pas une nouvelle fois la facture. Une manifestation est d’ores et déjà prévue le 9 octobre à Bruxelles. Si le gouvernement franchit une ou plusieurs lignes rouges lors du conclave budgétaire d’octobre, une grève générale pourrait suivre dans la semaine du 23 novembre. Car d’autres choix politiques sont possibles. Il est temps de les poser.
Depuis 19 mois, le gouvernement Arizona s’attaque aux piliers de notre modèle social : pensions, salaires, conditions et temps de travail, protection en cas de maladie, assurance chômage, sécurité sociale et services publics. À plusieurs reprises, la concertation sociale a été placée devant le fait accompli, affaiblie ou tout simplement ignorée.
Les conséquences sont bien réelles. Travailleurs et travailleuses, pensionné·es, malades et allocataires sociaux ont déjà largement été mis à contribution. Pourtant, le gouvernement peine toujours à boucler son budget et cherche encore des milliards pour réduire le déficit.
Pour la FGTB, il est inacceptable que les pistes aujourd’hui sur la table fassent, une fois encore, peser l’effort sur les mêmes personnes. Une hausse de la TVA toucherait directement le pouvoir d’achat. Toute nouvelle intervention unilatérale dans le mécanisme d’indexation pénaliserait les travailleurs, les travailleuses et les agents des services publics. De nouvelles économies dans les soins de santé, une hausse du ticket modérateur, davantage de flexibilité ou un nouvel affaiblissement des services publics viendraient encore dégrader les conditions de vie et de travail d’une large partie de la population.
La FGTB exige dès lors que les épaules les plus larges prennent enfin une part équitable de l’effort. Les travailleurs et travailleuses ne peuvent pas être appelés, une fois encore, à colmater les brèches budgétaires.
D’autres choix sont possibles. Encore faut-il avoir le courage politique de les poser.
Les syndicats ont élaboré une série de propositions concrètes qui permettraient de dégager quelque 21 milliards d’euros. Elles combinent économies sur des dépenses inefficaces, et nouvelles recettes, réparties plus équitablement. Parmi les propositions avancées : mieux encadrer les constructions fiscales et les sociétés de management, faire davantage contribuer les grandes fortunes et les revenus du capital, revoir les subsides dont l’utilité pour la collectivité n’est pas suffisamment démontrée, et renforcer l’administration fiscale ainsi que les services d’inspection sociale. Autant de propositions qui prouvent que l’on peut faire autre chose que fouiller systématiquement les mêmes poches.
La pétition citoyenne en faveur d’une fiscalité plus juste a déjà recueilli plus de 76 000 signatures. Les syndicats devraient donc prochainement défendre leurs propositions lors d’une audition au Parlement.
Un automne de mobilisation
À l’issue d’une large consultation, la FGTB annonce de nouvelles actions. Si le gouvernement fait à nouveau payer la note aux travailleurs, il devra faire face à une forte résistance sociale.
Au cours des prochaines semaines, la FGTB poursuivra son travail d’information et de sensibilisation, dans les médias, dans la rue et sur les lieux de travail. Outre l’action européenne du 24 septembre et la Marche Climat du 11 octobre, deux grands rendez-vous sont prévus cet automne.
Une manifestation sera organisée le 9 octobre à Bruxelles, ce qui constitue un premier avertissement clair au gouvernement.
La FGTB attend du gouvernement qu’il corrige sa trajectoire. Une nouvelle atteinte unilatérale à l’indexation, une hausse de la TVA, une annualisation du temps de travail entraînera une réponse syndicale forte.
Si cet avertissement reste sans réponse et que le gouvernement franchit l’une de ces lignes rouges lors du conclave budgétaire d’octobre, la FGTB dispose d’un mandat pour appeler à une grève générale au cours de la semaine du 23 novembre.