18 novembre 2021

Il faut un cadastre des emplois vacants à Bruxelles !

C’est toujours la même rengaine : à intervalles régulières, la question pénurie de main d’œuvre dans tels ou tels secteurs est instrumentalisée pour justifier des mesures plus strictes à l’égard des travailleurs sans emploi. Dernière sortie en date, celle de George-Louis Bouchez (président du MR) dans Le Soir, réclamant « des règles plus strictes » et des « sanctions » pour les demandeurs d’emploi de longue durée (plus de 2 ans) qui refuseraient deux formations ou deux emplois dans un secteur en pénurie. Ce type de propositions, syndicalement inacceptables, repose sur une conception tronquée et surtout incomplète de la réalité de l’emploi.

Actiris n’est pas omniscient…

A Bruxelles par exemple, l’Observatoire Bruxellois de l’emploi (view.brussels) publie chaque année une liste des fonctions critiques, professions pour lesquelles les offres d’emploi sont difficiles à satisfaire. Cette liste est établie en se basant sur l’ensemble des offres d’emploi effectivement traitées par Actiris, complétée par une consultation des acteurs de terrain (conseillers employeurs, fédérations patronales et Centre de références).

Or, l’établissement de cette liste repose sur des données incomplètes : car si la part des offres d’emplois traitées par Actiris suit une courbe ascendante depuis plusieurs années, la plupart des offres disponibles sur le marché échappe encore aux radars de l’organisme bruxellois. Rappelons qu’à l’heure actuelle, la majorité des recrutements se font encore via les réseaux de relation et la presse : Actiris n’a donc qu’une connaissance partielle des techniques de recrutement utilisés par les entreprises bruxelloises et, de manière générale, des mécanismes globaux qui influencent le « matching » entre travailleurs et employeurs sur le territoire bruxellois.

Pour y voir clair, un cadastre est nécessaire…

Pour enfin avoir une vision claire sur l’emploi bruxellois, la FGTB Bruxelles réclame de longue date un cadastre des emplois vacants à Bruxelles. Ce cadastre permettra d’avoir une vision claire sur les besoins des employeurs bruxellois mais surtout sur les types d’emplois proposés aux travailleurs. Cette revendication primordiale sera à nouveau portée lors du prochain Sommet Social bruxellois, prévu ce 17 novembre.

La réalisation d’un cadastre sous l’égide d’Actiris serait utile tant pour les interlocuteurs sociaux que pour le Gouvernement régional car cet exercice permettra d’objectiver réellement les difficultés de recrutement et les pénuries de main d’œuvre rencontrées sur le territoire bruxellois : dans son baromètre de la qualité de l’emploi en région bruxelloise paru en décembre 2018, la FGTB Bruxelles pointait, derrière la baisse continue des chiffres du chômage bruxellois, une dégradation manifeste de la qualité de l’emploi. Dans beaucoup de secteurs, nous sommes convaincus que les difficultés de recrutement évoquées par employeurs sont dues à des emplois de mauvaise qualité (mauvaises conditions de travail, pénibilité croissante des tâches, etc.), à des offres d’emploi aux exigences disproportionnées, et aussi au non-respect par les employeurs des obligations en matière de formation. La question des discriminations à l’embauche, particulièrement prégnante à Bruxelles mais difficilement quantifiable, joue également un rôle certain.

Forcer les travailleurs à choisir un mauvais métier? C’est non !

La FGTB Bruxelles se bat et continuera de se battre contre toutes les discours et mesures politiques visant à considérer les travailleurs et travailleuses comme les principaux responsables des pénuries de main d’œuvre : ces considérations sont d’autant plus inacceptables lorsqu’elles se basent sur une connaissance incomplète de la réalité.

Pour rétablir une vérité objective, nous espérons que le Gouvernement bruxellois prendra en compte notre appel à la réalisation de ce cadastre et rappellera également aux employeurs leur responsabilités : lesdites « pénuries » seront également résolues par une amélioration globale de la qualité de l’emploi (amélioration des conditions de travail, augmentation du salaire et remise en question des employeurs concernant les exigences du poste et le respect de leurs obligations en matière de formation des travailleurs. Si toutes ces conditions sont réunies, l’emploi bruxellois ne pourra en sortir que gagnant.

Poste vacant, fonction critique, métier en pénurie : de quoi parle-t-on ?

Un « poste vacant » est un emploi rémunéré nouvellement créé, non pourvu, ou qui deviendra vacant sous peu, pour lequel l’employeur cherche activement, en dehors de l’entreprise concernée, un candidat apte à occuper la fonction. Un poste vacant ouvert uniquement aux candidats en interne à l’entreprise n’est donc pas considéré comme une « vacance d’emploi ». Avec 66% de l’ensemble des emplois vacants en Belgique, la Flandre est la région du pays qui présente le plus grand nombre d’emplois vacants, suivie par la Wallonie (22%) et Bruxelles (12%).

Les « fonctions critiques » sont des métiers pour lesquels les employeurs peinent à recruter : les offres d’emploi sont moins facilement satisfaites et le délai de recrutement est plus long que la moyenne. Plusieurs raisons sont possibles pour expliquer cette situation : problème quantitatif (trop peu de candidats), souci qualitatif (les candidats possibles n’ont pas les bonnes qualifications), conditions de travail difficiles (travail lourd ou dangereux, horaires compliqués, statut précaire, rémunération faible)

Les « métiers en pénurie » (de main d’œuvre) sont un sous-ensemble des fonctions critiques. Il s’agit de métiers pour lesquels il n’existe pas un nombre suffisant de demandeurs d’emploi pour satisfaire l’ensemble des opportunités connues (problème quantitatif). Le critère varie selon les organismes régionaux de l’emploi : le Forem, par exemple, utilise un « indice de tension » (fixé à 1,5) pour distinguer les métiers en pénurie parmi les fonctions critiques : un métier est considéré comme en pénurie lorsque moins de 15 demandeurs d’emploi pour 10 opportunités d’emploi sont positionnés sur ce métier.